vendredi 24 mars 2006

À mort les fumeurs !

Je suis tombé sur « ça » comme commentaire à un texte de David Desjardins du journal Voir sur la loi anti-tabac : « J'ai toujours fumé. Pas beaucoup, seulement de trois à quatre paquets par jour. Et cette nouvelle loi me répugne! Dans notre belle société, les fumeurs sont traités comme des lépreux! Un exemple? La femme de mon meilleur ami vient tout juste d'accoucher. L'autre jour, je leur rends une petite visite afin de voir le bébé... Comme j'allais entamer ma sixième cigarette, la femme de mon meilleur ami laisse sous-entendre qu'il serait préférable que je m'abstienne de fumer dans leur 2 et demi, prétextant que ce serait incommodant pour le nouveau né. Quel manque de respect! Quelle intolérance! Quel égoïsme! Je n'ai rien laissé paraître sur le coup, mais je peux vous assurer que jamais je n'adresserai de nouveau la parole à cette bande de fascistes! Comment la société a-t-elle pu en arriver là? C'est bien simple, c'est la faute du gouvernement. Le gouvernement, cette association de fous dangereux, de manipulateurs et d'oppresseurs qui promeuvent la haine dans un seul but: la destruction de tous les droits, et éventuellement celle de la race humaine. Il est évident que le gouvernement s'attaque aux fumeurs dans le but de détourner le regard de la population de la réelle menace : la pollution. On tente de dissimuler la pollution en bafouant d'honnêtes gens, cette même pollution qui est responsable du problème d'asthme de ma fille de 4 ans, qui m'a donné à deux reprises un cancer du poumon et qui donne à mes vêtements une odeur nauséabonde. Oh oui, cette loi anti-cigarette n'est pas seulement hypocrite, c'est aussi la pire chose qui soit arrivée à l'humanité depuis l'Holocauste. Et encore... » C'est signé : François Guay Mon cher François, (tu permets que je t’appelle François, ton discours me donne l’impression de te connaître…), laisse-moi d’abord te dire que n’importe quel lecteur ayant un soupçon d’intelligence aura compris que tu ironises. La subtilité n’est pas ton fort, c’est une évidence. L’ironie doit être dosée, frôlant si bien la limite que certains lecteurs doivent s’y laisser prendre. Dans ton texte, la lumière du train dans le tunnel tue vite ton bel effort. Mais bon, tel n’est pas la raison de la présence de ton texte dans mon blog. J’ai décidé de te répondre, car il me semble que ton discours, si l’on peut nommer « ça » ainsi, représente l’ « opinion » de plusieurs de mes con-citoyens. Tu présentes dans ton texte un fumeur qui fume comme un trou dans un deux et demi en présence d’un nouveau-né… Pourquoi pas mettre sa cendre dans le berceau tant qu’à y être !?! Et le mégot dans le biberon ! J’espère que te relisant, tu vois bien tout le ridicule de ta tentative. Les fumeurs que je connais (oui, oui, que voulez-vous, je fais partie de ces misérables qui continuent de supporter leur présence puante, d’autant plus que je pue moi-même et que c’est ma dentition qu’ils ont mis sur les paquets de cigarettes) auraient plutôt tendance à aller se geler le cul à moins 30 degrés celcius pour ne pas incommoder l’animal domestique asthmatique de Bobonne et Bobon. La propagande a fait son effet : dehors les sales ! Mais, pour être vraiment honnête, même avant cette campagne acharnée menée au début par l’OMS voyant que son objectif d’une vie sans mort n’était pas atteint dans les délais qu’elle s’était fixés, les fumeurs que je connais ont toujours été des gens bien et la plupart du temps fort respectueux. Rien à voir avec les insensibles, les égoïstes, les pauvres dépendants aux doigts jaunes dont on parle aujourd’hui, le visage crispé de dégoût. Ne t’en déplaise, la cigarette est — encore — un produit LÉGAL en vente libre. La vie est — encore — entre les mains de la personne a qui la nature en a fait don. Il y a — encore — des gens qui se pensent capables de gérer leur vie et d’entretenir des relations saines et respectueuses avec ceux qui les entourent sans qu’il y ait une loi pour étatiser encore un peu plus profondément l’existence. Ce qui me fait le plus rire, c’est que ce sont souvent les mêmes qui dénoncent l’ingérence omniprésente du gouvernement dans leur vie privée qui applaudissent des mains comme des phoques en chaleur quand le gouvernement passe des lois qui, prétendant protéger les uns des autres, sont en train de retirer toute la liberté des uns et des autres. Lentement. Subtilement. Insidieusement. « Voyons, tu paranoïes ! » On verra bien. Et plus tôt qu’on ne le croit. Censure. Contrôle des armes. Permis. Licences. Surveillance vidéo des routes. Lois sanitaires. Lois alimentaires. Droite capitaliste. Droite religieuse. Gauche communiste. Gauche hyper socialiste. Moralisme renaissant. Réémergence d’un puritanisme sectaire. La table est bien mise, on ne peut dire mieux. Et c’est nous qui sommes cuits. On tiendra bientôt compte des caprices de chacun pour édicter un art de vivre nouveau. « Voyons, on vit dans le plusse beau pays du monde. On est libres. » Encore, oui. Mais de moins en moins. Et parce qu’on le lui demande à coût de faux sondages, de manipulation médiatique et de lobbying crasse, le gouvernement, qui entend et suit bien la tendance général, continue encore et encore à légiférer, à réglementer, à édicter des lois, établir des règles. À l’ordre est le devenu le mot d’ordre. On vivra plus tôt qu’on ne le pense dans un monde où la propreté, la longévité, la sécurité, l’absence de risque et la santé seront devenues les enjeux uniques de l’existence. Exit les pâtés de foie délicieux, les bières noires onctueuses, les cigarettes savoureuses qui terminent le repas ou allongent la conversation dans la nuit. Exit le jeu immémorial du va et vient entre risque et plaisir. Ne riez pas. C’est déjà commencé.

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