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jeudi 24 mai 2012

Pousse-levier

Des futilités nécessitent chaque jour un peu plus de nos énergies de vivants. Saisi dans ses actions quotidiennes, l’homme moderne se comporte comme un rat que l’on aurait enfermé dans une cage où mille leviers sur lesquels il doit appuyer déterminent son « bien-être ». En réalité, le rat pourrait tout simplement se blottir dans un coin et roupiller entre ses repas, mais quelque chose — croyances, devoirs, espoirs, culpabilité — le pousse à continuer d’activer les leviers. Et qu'y a-t-il derrière chaque levier ? D’autres leviers évidemment, disposés inversement dans chaque cage dont les barreaux sont connexes. Quand un levier est levé d’un côté, de l’autre il s'abaisse immédiatement. Ainsi le rat a-t-il la confirmation que son effort est justifié : cette force qui agit « contre lui », annulant continuellement ses efforts, est à même de lui inculquer la valeur du travail, celle, combien valorisante, de son métier de pousse-levier.

lundi 13 juin 2011

Mi-temps

J’ai 41 ans. Le « 1 » compte peu, c’est le « 40 » qui importe.

Ma mère dit que c’est jeune, que la quarantaine est la plus belle période de la vie. Quand elle avait 40 ans, je devais avoir 8 ou 9 ans. Mes frères et sœurs avaient 14, 15, 16, 17,18 et 19 ans… Elle avait enfin du temps pour elle et cela explique un peu son idée sur le sujet.

Mes enfants, quant à eux, trouvent que 41 ans, c’est vieux, très vieux même. À 15 ans, avoir 30 ans est aussi loin que 60 pour le trentenaire. Alors 40, c’est l’âge d’or de la trentaine. 50, la préhistoire… Quand j’avais 10 ans, en 1980, je savais que j’aurais 30 ans en l’an 2000. C’était le futur, un avenir si lointain que nous nous imaginions dans nos voitures volantes et nos maisons entretenues par des robots, vous vous rappelez ? Mais, à mon souvenir, nous n’imaginions pas que nous serions vieux. Nous serions des enfants, les mêmes que nous étions alors, mais avec 20 ans de plus.

Avec le recul, je me dis que nous ne nous trompions guère. Si j’ai grandi, acquis quelques connaissances, une certaine expérience, je suis encore malgré tout ce petit garçon de 10 ans dans un corps de 41 ans. Ainsi, je m’étonne chaque jour de ces cheveux qui tombent sur le devant du crâne (et ils le font sans que je m’en rende compte, les hypocrites !), de ces mains dont la peau reprend moins facilement sa place quand on la pince, de ce dos plus fragile, de ces muscles qui se ramollissent dès que j’arrête la marche et le vélo quelques jours, de ce léger fond de fatigue, encore très supportable, mais bien présent, comme les premiers ronronnements automnaux d’un calorifère qui annoncent les grands froids d’hiver.

50 ans, me disait mon frère André qui a exactement 10 ans de plus que moi, c’est l’âge des petits bobos. Il est super en forme le frérot, sportif depuis toujours, mais il se lève chaque matin avec un « petit trouble » quelconque, bien supportable lui aussi, mais bien réel. À 50 ans, me disais-je, on ne peut plus faire semblant d’avoir 40. À 40, il faut beaucoup d’effort pour se sentir comme à 30. Mais le mensonge coûte cher. Un exemple ? Je n’ai dormi toute ma vie adulte que quelques heures par nuit, 5, 6 ou parfois 7, quand je faisais la grasse matinée. J’ai fait ma thèse en étudiant jusqu’à 2 heures du matin et en me levant avec les enfants, à 6 ou 7 heures. Aujourd’hui, ce ne m’est plus possible : avec 5 heures de sommeil dans le corps, je n’ai même plus d’arguments contre les labeaumités. C’est dire !

Ai-je vu tout ce temps passer ? Pas autant que je l’aurais voulu. Les responsabilités, la rapidité du monde contemporain, l’agenda adulte m’auront trop souvent fait oublier de saisir le jour. Ici encore, les poètes ont raison : « La vie t’a bouffé comme elle bouffe tout le monde… » Peut-être un peu. « Les poings montent moins haut… » Aussi. « Avec le temps tout s’en va… » Incontestablement. C’est sans doute ces absences temporelles, ces vides de sablier, qui font que 10 années passées m’apparaissent, quand je jette un regard en arrière, comme quelques ans à peine. Et le vieux cliché selon lequel le temps passe plus vite en vieillissant s’avère indubitablement exact. J’ai de moins en moins, comme aux jours de mon enfance, de moments où le temps semble s’être arrêté : courte fin d’après-midi, après l’école et avant le souper, à glisser sur la neige de la « côte Racine », qui semblait être éternité; expédition matinale sur la petite rivière près du chalet qui prenait des airs de grande exploration. Même la lecture, ma grande passion, avait alors l’intensité de longues et solitaires escales que je ne retrouve que rarement aujourd’hui.

Suis-je vieux ? Je ne sais pas. Théoriquement, j’en suis à la mi-temps d’une vie d’homme. J’ai certes oublié et vécu dans l’inconscience mes 5 ou 8 premières années d’existence, mais il est fort probable que les 5 ou 8 dernières seront aussi inconsistantes. Donc, milieu de la deuxième période. J’ai fait beaucoup de buts, de passes et d’arrêts dans la première moitié de la partie. Il est peut-être temps d’aller un peu sur le banc, ou même dans les estrades, histoire de regarder attentivement et passionnément le chronomètre écouler les milliers de secondes restantes.

mercredi 14 juillet 2010

Conseils de navigation

Quand un navire commence à prendre l'eau, il est capital de ne pas attendre qu'il coule avant de donner un coup de barre significatif. De même, éviter à tout prix d'être assommer par le bôme, ce qui rendrait définitivement impossible tout changement de cap.

Rôle

Je suis un personnage d'une pièce de Samuel Beckett qui joue dans une pièce de Michel Tremblay.

jeudi 27 novembre 2008

C'est ben beau de chialer mais toi qu'est-ce que tu proposes ?

Tanné de quelque chose ? Envie de proposer une solution ? Il existe un site pour s'exprimer. En plus de pouvoir proposer tes propres solutions, tu trouveras celles des autres à une multitude de problèmes. Exemples ? OK. Problème: Faire ce que je dois faire Solution: Faire autre chose Problème: Pourquoi Harper s'est retiré de Kyoto? Solution: Pour ne pas la mettre enceinte Problème: L'anticapitalisme est à la mode. Il me semble avoir lu un truc qui disait que la PROPRIETE c'est LE CAPITALISME. Que penser de la création du NPA, Nouveau Parti Anticapitalisme français alors que son leader est lui même PROPRIETAIRE de son logement? Solution: Augmenter le nombre de permis de gun qui...ah pis fuck Problème: Yen a dont bin des mongols. Solution: Ta yeule mon frère s'appelle Yourte Problème: Yen a dont bin des mongols. Solution: Harper va toute les mettre en prison sti Problème: il y avait un berger qui m'apprète une table, pleine de victuailles, sous la paille, dans le lit, le téton frais, donnant du lait et il trait, il trait, le pain chaud, la mie molle, mmm, c'est bon, ça goûte la ferme ! Solution: la ferme Problème: la nudité dans les partys Solution: Prendre soin de ne fréquenter que de belles personnes. Problème : pourquoi quand tu bandes le matin tu ne te branles pas tu vas pisser à la place ? Solution: passque t'as envie de pisser Pose ton problème ! Offre ta solution ! : http://cestbenbodechialer.maistoikesstuproposes.com/

vendredi 8 février 2008

QSR

Souvent je me demande s'il est bon ou mauvais, pour quelqu'un qui écrit, d'être entouré de gens qui ne lisent pas.

dimanche 3 février 2008

Viagra Online

Je reçois depuis plusieurs années des courriels me proposant d'acheter du Viagra en ligne, beau, bon, pas cher ! Ce n'est pas que ces offres me dérangent réellement, mais je me demande toujours : comment font-ils pour savoir ???

lundi 24 décembre 2007

Joyeuses Fêtes ! (pour une 37e fois)

Avant d'aller marcher ce matin (et de partir au vent), tandis que tout le monde dort encore dans la maison, je voulais passer ici et souhaiter de Joyeuses Fêtes à tous ceux qui prennent le temps de venir me lire.

"Il y a quatre âges dans la vie de l'homme : celui où il croit au Père Noël, celui où il ne croit plus au Père Noël, celui où il est le Père Noël et, enfin, celui où il ressemble au Père Noël." (Anonyme) Joyeuses fêtes !

mercredi 28 novembre 2007

Juste encore un peu

On se dit tout le temps : encore un peu de ceci, juste un soupçon de cela, et je serai comblé, je serai heureux. Mais ceci survient, cela arrive, et voilà qu’il nous faudrait encore un peu de ceci, juste un soupçon de cela. Désirer sans fin, destin cruel du mortel, jusqu’à ce qu’il ne désire plus rien : par la mort, la sagesse ou le désespoir. Gare ici à ne pas confondre désespoir et déception. Le déçu désire encore ce qu’il n’a pas eu, même en ayant la conviction profonde qu’il ne l’obtiendra jamais. Le désespéré, au contraire, à perdu tout espoir et, tel Dédales dans le labyrinthe, il cesse de courir en tous sens et s’assoit, le dos bien appuyé contre un mur. Désespoir. La respiration se calme, le souffle revient et au moment même où est acceptée l’absence d’issue, à l’instant où le désespéré réalise qu’il n’y a pas de sortie, il lève les yeux et aperçoit le ciel, lumineux et vaste.

lundi 12 novembre 2007

Il dit, elle dit

Il dit : « C’est un état d’esprit. Ou plutôt d’âme. Le voile surgit lentement, couvre le ciel et empêche toute lumière d’entrer. » Elle dit : « C’est chimique. » Elle parle neurones, synapses, neurotransmetteurs, dopamine et sérotonine. Il parle consomption, lucidité, confusion, état crépusculaire. Il demande : « Où est le sens ? » Elle répond : « Quel sens ? » Il dit : « Je tourne dans la nuit et, tel un papillon inconscient, je suis attiré par ce qui finit par me brûler. » Elle dit : « Tout passe, il faut s’occuper en attendant. » Il dit : « C’est exactement ça. S’occuper en attendant… » Elle pense à travailler, espérer, croire, bâtir, planifier, réunir. Il pense à danser, chanter, parler, rire, aimer, être un peu moins seul. Il dit : « Il faut savoir faire ces choses. » Elle dit : « Tous le font depuis toujours pour les mêmes raisons. » Il dit : « Tous n’ont pas réussi à le faire. » Elle dit : « Mais tous l’ont voulu. » Il dit : « Et où sont-ils allés ? » Elle dit : « Nulle part. » Il dit : « Alors quoi ? » Elle dit : « Comment quoi ? Rien. » Il dit : « C’est cela, précisément, chirurgicalement cela : c’est un état d’esprit. Ou plutôt d’âme. »

vendredi 9 novembre 2007

Comme un Petit Poucet

J'ai involontairement quitté, quelque part en enfance, le chemin que l'on conseille de suivre pour atteindre le bonheur. Cette irréversible perte est à la fois un gain prodigieux : je trouve chaque jour de petits cailloux lumineux qui me donnent le goût de marcher encore plus loin, rien que pour voir où ils me mèneront.

lundi 5 novembre 2007

Questions

Quand je parle, qui parle ? Mon père ? Ma mère ? Mes peurs ? Mon désir ?
Qui commande ? Qui est le maître de l'empire que j'appelle "moi" ? Qui est l'empereur de cette terre faite d'agitation, de vouloir et de mensonges ? Que veut le peuple de cette nation ? Le conseiller est-il un traître qui ne veut pas mon intérêt mais celui d'ennemis ?
Quel est le but de ma course ? Qui motive mes jambes ? Qu'est-ce qui active mon mouvement ?
Quelle part de ma conscience le vin que je bois embrume-t-il ? Pourquoi est-ce si bon ? À qui sont ces chaînes que l'alcool corrode ainsi ?
Tous les fardeaux que je porte m'appartiennent-ils vraiment ? Cette lourdeur est-elle mienne ?
D'où vient ce cadenas doré posé sur mon esprit ? À qui sont ces barreaux d'or, qui les a mis là ?
À qui appartient cette voix qui réconforte, qui entre en ma fragilité sans me troubler, sans rien briser de ma nature ?

vendredi 2 novembre 2007

Deux tisons

Je fouille le livre, désespéré, afin d’y trouver quelques pierres de lumière pour endiguer la source de ma peine. Ce que je lis est beau, doux, rempli de paix. Mais soudain, ces deux phrases, comme des tisons jaillissant du feu dans un crépitement puissant : « J’ai grandi à l’intérieur d’une larme. À travers sa vitre scintillante, j’ai vu le monde éclatant de lumière. » Elles se sont posées sur mon cœur, puis elles ont glissé sur mon âme. Je les écris sur le mur, les glisse délicatement au travers des autres, plus douloureuses, à l’image de mon point de vu sur le monde. Je les emporterai avec moi dans cette semaine qui vient, en espérant qu’elles pourront remplir un peu tout le vide que j’anticipe trouver loin de ma demeure, loin de mes souvenirs, loin de ma vie, loin de tout.

lundi 6 août 2007

Troc

Donnez-moi de quoi vivre simplement, dit le poète, et je vous offrirai en échange des mots pour soulever votre cœur et votre âme jusqu'à la fin des temps.

jeudi 2 août 2007

Sagesse architecturale

Un des avantages de vivre dans une maison centenaire est que lorsque l'on a un souci, les murs chuchotent qu'il y a un siècle, une personne qui n'en a plus aucun avait exactement le même.

mercredi 1 août 2007

Insomnie

Cette nuit, vers 3h30, le vent a sorti son violon, et les portes, telles de jeunes filles au bal, ont valsé jusqu'au petit matin.
Réveillé par cette agitation nocturne, je suis sorti fumer une cigarette sur la galerie, et j'ai surpris les araignées en train de se goinfrer comme des Romaines à une orgie.

jeudi 21 juin 2007

La marionnette

Je suis comme une marionnette dont on aurait coupé tous les fils sauf un : et de ma main qui n'est plus mobile, je tente en vain de sectionner le dernier fil.

mercredi 20 juin 2007

Miroir

Ce n'est pas dans les livres ou dans mon arbre généalogique que j'ai trouvé un modèle à suivre, mais dans un miroir.

jeudi 14 juin 2007

Syllogisme

La faiblesse dans la faiblesse mène au servage. La force dans la faiblesse mène à la dépendance. La faiblesse dans la force mène au fascisme. La force dans la force mène à la solitude.

samedi 9 juin 2007

Juste à côté

D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours tenu juste à côté de la vie. Tandis que les autres jubilaient dans leurs distractions, j'essayais de les suivre et de me mettre en leur état d'esprit.
J'ai mis des années à comprendre --- et accepter --- que c'était là des efforts inutiles. Si je croyais aux univers paralèlles, ce qui n'est pas le cas, je dirais que j'ai pris, en quittant les limbes, une voie peu fréquentée, comme on quitte une autoroute pour un chemin étroit fait de gravelle et de surprises. Là où j'étais, où je suis aujourd'hui encore peut-être plus qu'auparavant, je vois très bien toutes ces choses qui fascinent la plupart, mais comme on assiste à une pièce de théâtre en spectateur qui fait volontairement l'effort de croire à la mise en scène qui se dévoile devant lui, tout en sachant que ce n'est là qu'un jeu d'acteurs.