Aucun message portant le libellé Les mots des autres. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Les mots des autres. Afficher tous les messages

jeudi 22 juillet 2010

"Celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir" - Yannick Haenel

En fouillant sur Sollers, je suis tombé sur une de ses suggestions de lecture. Je pars toujours du principe selon lequel, généralement, les écrivains que l'on aime lisent ce que l'on aime. C'est une recette qui m'a assez bien servi jusqu'ici. Je me suis donc procuré le roman Cercle de Yannick Haenel. Bon coup : il s'agit d'un Henry Miller sur l'acide; mon habitude de plier les coins des pages qui contiennent des passages qui me touchent ou me font réfléchir laissent des traces. Le livre est tout plié !

Je cite un passage particulièrement efficace. Ils se reconnaîtront :

"Étais-je libre depuis ce moment-là ? Le mot me faisait rire : "libre", ils sont des millions à employer ce mot, mais qu'est-ce que ça veut dire : "libre" ? De quoi parlent-ils exactement ? La docilité rampe sous les allures; ce sont souvent les plus résignés, les plus secrètement amoindris qui se vantent d'être libres. Le mot "libre", on dirait qu'ils le branlent. Presque tout le monde se contente d'une fausse liberté : celle du "temps libre" entre deux labeurs, celle des "congés", des "vacances", celle qu'on vous accorde une fois que vous vous êtes laissé prendre en otage. Cette liberté-là n'est jamais qu'un arrangement avec l'idée qu'on se fait de soi, une manière de négocier avec ce qu'on supporte, d'être toujours débordé par la somme des contraintes que l'on accepte pour "gagner sa vie". Cette "liberté", je la connaissais bien : elle n'est qu'un interstice malade entre le désir frustré et la soudaine compensation qui le soulage --- un couloir, rien qu'un couloir. Là-dessus, ils mentent tous; ils mentent sur la vie qu'ils mènent, une soi-disant "vie libre", où ils s'"accomplissent" : en réalité, ils appliquent le programme, et le temps qu'on leur laisse les soulage de celui dont on les prive. Ainsi feignent-ils toujours d'avoir voulu ce qu'ils ont; et toujours ils approuveront ce dont il leur arrive de se plaindre."

Quelle bouffée d'air frais dans le marasme littéraire d'aujourd'hui ! Ça fait du bien de lire quelqu'un qui s'élève loin au-dessus des histoires en conserve qu'on lit pour s'endormir ou des romans à la livre qu'on dévore en rotant son rhum sur une plage du Sud.

mardi 29 septembre 2009

Qui a peur de Richard Martineau ?



Décidément, Monsieur Martineau, vous avez perdu votre subtilité de franc-tireur (celle que vous affichiez dans vos débuts au journal Voir), pour sombrer dans le cliché et la facilité. Est-ce parce que vos lecteurs ont changés...?

Vous dites : "... à des fonctionnaires et à des bureaucrates qui se pognent le beigne à quatre mains en actualisant leur statut Facebook". Cette litanie facile, qui ressemble à celle sur les "BS", on la connaît bien : un certain parti politique (Repose en paix !) et des "hainimateurs" de radio la servent à qui mieux mieux depuis un bon bout de temps. Ceci dit, je connais personnellement des fonctionnaires qui travaillent dur et sous pression. En fait, pour être plus précis, tous ceux que je connais. Pas vous ?

Vous écrivez aussi : "Selon Falardeau, tous les problèmes qui accablaient le Québec étaient causés par les maudits anglais d’Ottawa". À peu près tout le monde est d'accord pour dire que Falardeau dérapait parfois sérieusement. Je pense qu'une dérape de temps en temps est le risque que courent les francs-tireurs qui le demeurent toute leur vie (sans se recycler). À tout prendre, je préfère de loin un ours qui grogne trop fort qu'un mouton qui se laisse tondre (quand on lui promait de l'argent pour sa laine). Mais est-ce bien cela que Falardeau disait ? Je pense qu'il parlait plus de liberté et d'oppression, de souveraineté et de soumission. En outre, il dénonçait souvent les faiblesse des Québécois et parfois aussi ses propres faiblesses. Relisez (ou lisez sans doute) La liberté n'est pas une marque de Yogourt ou Les boeufs sont lents mais la terre est patiente. Vous verrez que Pierre Falardeau n'accusait pas les Anglais de tous les problèmes québécois.

Je pense qu'un peu de lecture ne changera pas votre discours dans votre éditorial (les contraintes étant ce qu'elles sont), mais cela amorcera une réflexion, qui n'est pas la même chose qu'une opinion. À défaut de textes élaborés et puissants, peut-être aurez-vous un peu plus de recul dans vos chroniques.


mardi 10 mars 2009

L'archange aux pieds fourchus

Relu presque d'un trait L'archange aux pieds fourchus de Gabriel Matzneff, journal qu'il a tenu en 1963-1964. C'est dans son journal (et parfois dans ses essais) que cet écrivain français d'origine russe enflamme la pensée. Ses romans sont malheureusement imbuvables et on n'y trouve pas la fougue et le talent pour les tournures qui frappent tant ici. Voici quelques extraits : "Il ne faut jamais, dans une société, sous-estimer l'influence qui exercent les imbéciles." Je ne les prends jamais à la légère. "--- Les imbéciles sont de tous les temps. --- Oui, mais ceux d'autrefois ont la courtoisie d'être morts, au lieu que ceux d'aujourd'hui sont insolemment vivants, et vociférants, en particulier grâce à ces instruments du diable que sont le micro, le haut-parleur, la radio." C'est encore plus vrai aujourd'hui, trente ans plus tard. Particulièrement à Québec. Et Internet a ouvert la voie à une toute nouvelle armée d'imbéciles qui répètent inlassablement ce qu'ils ont saisi de l'éditorial de leur journal, la seule lecture qu'ils jugent nécessaire. "Tu as seize ans. Les dix années à venir sont pour toi décisives. Lorsque tu seras un vieux monsieur de vingt-six ans, les jeux seront faits. Ou bien tu seras un esprit libre, ou bien tu seras un petit-bourgeois, habité par l'âpreté du gain, l'arrivisme, la vanité sociale et les soucis médiocres." J'ai lu ce passage à ma fille qui va avoir quinze ans bientôt. Elle m'a regardé avec un sourire dont je n'ai pu percer le sens véritable. L'avenir nous dira ce qu'il en sera. Le présent, avenir d'hier, me l'a déjà dit pour plusieurs... "Il faut se méfier des gamins qui acceptent sans révolte la férule des adultes, la morale des adultes, la loi des adultes, l'ennui des adultes. Les petits garçons bien sages sont peut-être la joie de leurs mamans. Ils sont surtout de la graine d'esclaves. Toute révolte adolescente, quelle que soit sa forme, est bonne en soi, car elle témoigne un refus de l'ordre bourgeois. J'aime mieux les galopins déchaînés que les inconditionnels moutonniers. De ceux-ci nous n'avons rien à attendre, au lieu qu'avec ceux-là nous pourrons un jour faire sauter la baraque." Là, je suis resté sans voix. C'est écrire on ne peut plus clairement ce que je pense viscéralement. Ces jeunes qui obéissent sans sourciller me font pitié. On dirait des adultes miniatures déjà enfermés dans des esprits rationnels constamment ballotés entre peurs et désirs, faisant ce qu'il faut, sans jamais vraiment savoir pourquoi. Les pires de tous étant ceux qui reproduisent par la force de l'autorité un modèle adulte qui a lamentablement échoué... La fierté des parents venant souvent de ce que leurs enfants suivent le chemin de soumission qui les a tant esquintés jadis. "Dès que je pénètre dans l'étude, je me sens pris au piège, comme à la caserne le jour de mon incorporation. Ici, cesse toute plaisanterie. Mes amours, mon manuscrit en chantier, la piscine, ce n'est pas sérieux. Le réel, c'est cette sordide étude d'avoués, ces clercs au dos voûté, ces dossiers, cette grisaille. La société, c'est cela. Le sentiment étouffant, horrible, qu'ils me tiennent. Qui, ils ? Les gens, les autres, bref : l'ennemi. Je ne suis heureux que dans la fuite. J'aurais passé ma vie à fuir : fuir les êtres, les problèmes, les obligations, les responsabilités, les ennuis. Et lorsque d'aventure je suis coincé, c'est la panique." Ah ! Ces hommes qui n'arrivent pas à faire ce qu'il faut !

dimanche 1 mars 2009

Un cerveau, un vote

Commentaire lu sur un blogue. Un peu aristocratique, mais vraiment très bien trouvé : "J'aimerais aussi connaitre le quotient intellectuel moyen des électeurs pour chaque parti et qu'on ait à répondre à un test facile de connaissance général sur la politique locale avant de voter. La démocratie,ça marche quand les gens comprennent la question." --- Prof malgré tout (C'est moi qui souligne) Moi aussi ! Moi aussi ! En passant, pour ceux qui s'intéressent à l'éducation, le blogue du professeur masqué, où ce commentaire a été puisé, est très intéressant.

Encore Quignard

"Écrire n'est pas un choix mais un symptôme."
Pascal Quignard

jeudi 5 février 2009

"Variations sur la mort" de Cioran (extraits)

"C'est parce qu'elle ne repose sur rien, parce que l'ombre même d'un argument lui fait défaut que nous persévérons dans la vie." "Tout ce qui préfigure la mort ajoute une qualité de nouveauté à la vie, la modifie, l'amplifie." "Toute expérience capitale est néfaste : les couches de l'existence manquent d'épaisseur; celui qui les fouille, archéologue du cœur et de l'être, se trouve, au bout de ses recherches, devant ses profondeurs vides. Il regrettera en vain la parure des apparences." "Il n'y a d'initiation qu'au néant --- et au ridicule d'être vivant."

samedi 13 décembre 2008

Lire entre les lignes

J’ai reçu aujourd’hui un courriel (d'un ignorant, je le précise) que je copie intégralement ci-dessous. Sous le masque de l’humour (masque presque transparent il va sans dire), on y sent plus aisément la colère des enragés que l’on connaît trop bien, le mépris pour les minorités et les pauvres, ainsi que la réflexion binaire qui a fait le succès d’une certaine droite au Québec. Ce n’est pas surprenant qu’un tel élan de cynisme surgisse peu après la chute globale de la forteresse où se terrait ce supposé « vrai monde ». En lisant ceci, il m’est venu, encore une fois, l’idée qu’il ne sert à rien de tenter de raisonner une personne qui prend de son temps pour rédiger un texte de ce genre, et encore moins ceux qui le lisent en riant et en bavant de plaisir, en espérant le jour où ils auront le contrôle et pourront assouvir leur vengeance d’éternels perdants. En attendant, je ne me fais pas à l'idée que des gens puissent réellement penser comme cela...
P.S. La dernière fois qu’on a comparé des êtres humains à des coquerelles, c’était au Rwanda, juste avant le génocide.
__________________________________________________________
"Fable de la fontaine en 2 versions
VERSION CLASSIQUE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule; elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide; elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie. La cigale grelottante de froid n'a ni nourriture ni abri et meurt de froid.
FIN VERSION MODERNE QUÉBÉCOISE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule; elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide; elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie. La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie tandis que les autres moins chanceux comme elle ont froid et faim. La télévision organise des émissions en direct qui montrent la cigale grelottante de froid et passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions. Les Québécois sont frappés que dans un pays si riche, on laisse souffrir cette pauvre cigale tandis que d 'autres vivent dans l'abondance. Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi. Les journalistes organisent des interviews demandant pourquoi la fourmi est devenue riche sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie sa juste part'. En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l'égalité économique et une loi (rétroactive à l'été) d'anti-discrimination. Les impôts de la fourmi sont augmentés et la fourmi reçoit aussi une amende pour ne pas avoir embauché la cigale comme aide. La maison de la fourmi est préemptée par les autorités car la fourmi n'a pas assez d'argent pour payer son amende et ses impôts. La fourmi quitte le Québec pour s'installer avec succès en Alberta. La télévision fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée. Elle est en train de finir les dernières provisions de la fourmi bien que le printemps soit encore loin. L'ancienne maison de la fourmi devenue logement social pour la cigale se détériore car cette dernière n'a rien fait pour l'entretenir. Des reproches sont faits au gouvernement pour le manque de moyens. Une commission enquête est mise en place, ce qui coûtera 10 Millions. La cigale meurt d'une overdose; les médias commentent sur l'échec du gouvernement à redresser sérieusement le problème des inégalités sociales. La maison est squattée par un gang coquerelles immigrées, le gouvernement se félicite de la diversité multiculturelle du Québec. Les coquerelles organisent un trafic de marijuana et terrorisent la communauté.... C'est comme ça que ça se passe dans notre Beau Québec! Swing la bacaisse etc..."
__________________________________________________________________________
Vous avouerez avec moi que c'est vraiment pathétique !

mercredi 12 novembre 2008

Money as Debt (V.O.A. sous-titrée en français)

Mon ami Jack m'a envoyé un lien vraiment très intéressant, surtout dans les conditions économiques actuelles. Je vais me coucher vraiment moins niaiseux ce soir. En son genre, il s'agit d'un véritable film d'horreur de 45 minutes qui explique le fonctionnement de "l'argent". D'où vient-il ? Qui le fait ? Qui en profite ? Mais, surtout, qui est le bouffon dans l'histoire ? Vous aurez deviné que c'est encore une fois le citoyen qui travaille 40 heures par semaine et qui est malgré tout endetté par dessus la tête. À peu près tout le monde quoi. Vous pouvez l'écouter directement ci-dessous (Notez que le lecteur google semble avoir des petits problèmes. Après avoir cliqué sur le bouton, il se peut que vous ayez à toucher le curseur de défilement gris pour démarrer le film. Il y a 15 secondes de silence au début...)

jeudi 1 mai 2008

Carnets de voyage de mon amie Annick en Orient

Je vous invite à visiter le blogue de mon amie Annick qui est en voyage en Orient. Des photos à couper le souffle et une plume pas piquée des vers du tout. Vous verrez, vous serez un peu jaloux. Zana ici et là

Perle

"Cherchant en lui l'enfant qu'il avait été, je ne trouvais en lui que son assassin" CHRISTIAN BOBIN

mercredi 5 mars 2008

Le tableau noir de Richard Martineau

Ce matin, en naviguant sur Internet, je tombe par hasard sur un texte de Richard Martineau à propos de la naïveté de ses lecteurs qui lui écrivent chaque semaine pour lui faire part de leurs « niaiseries ». Du haut de sa tribune (qu’il a de plus en plus haute et de moins en moins libre, il va sans dire), l’ancien « franc-tireur » dénonce la crédulité puérile de ces commentaires reçus et en donne quelques exemples relatifs à 911 : « aucun Juif ne travaillait ce jour-là car ils avaient tous été prévenus par le Mossad, aucun avion de passager n’a percuté le Pentagone, des experts en démolition avaient placé des charges explosives dans les tours, etc. ». Pourquoi précisément ces exemples-là et rien sur le fait qu'un exercice militaire envoyant à peu près tous les avions de l'armée sur la côte ouest était précisément tenu le 11 septembre ou rien non plus sur les très nombreux témoins qui étaient là et qui n'arrivent pas à faire le lien entre la théorie officielle et ce qu'ils ont vécu ? Démagogie, flagornerie, vieille technique discursive qui a fait ses preuves, mais pas toujours dans la vérité. Richard Martineau explique ensuite la division entre le Vrai et le Faux, incriminant Internet, défendant, visage caché, les journaux. Avec sa rhétorique douteuse habituelle, il mélange, pour être certains que tout le monde tombe de son avis, des phénomènes pop commerciaux (Le Code Da Vinci, Le Secret, les régimes amaigrissants, etc.) avec des interrogations légitimes que tout citoyen est non seulement en droit de soulever, mais a pour devoir de le faire. Malheureusement, contrairement à ce qu’il croit, tout le monde n’est pas dupe, et son style de magazine ne fait pas long feu devant l’esprit le moindrement capable de faire des liens entre les affirmations légères qui le caractérisent.
Mais pour Richard Martineau, les poissons sont ceux qui ne croient pas comme lui. Les autres, ceux qui pensent ce qu'il pense lui, sont bien informés. Dites-moi, Monsieur Martineau, quelles sont vos sources où l'on doit s'abreuver pour avoir la vie éternelle ? Le plus drôle, c’est que Richard Martineau parle de Thierry Meyssan, auteur français qui remet en question le fait qu’un avion s’est écrasé sur le Pentagone, comme s’il s’agissait d’une nouvelle de dernière minute. De grâce, que quelqu’un s’empresse de lui dire que, depuis Meyssan, des tonnes d’autres questions extrêmement pertinentes ont été formulées au sujet des Vérités de Martineau qu’on ne peut remettre en doute sans être taxé de poissons ou de gourdes. Mais ce ne sera sans doute pas très utile, car pour lui, le monde n’est ni noir, ni blanc, mais gris, son gris à lui. Et c’est quoi son gris ? C’est celui de la bonne guerre en Afghanistan et en Irak, de Ben Laden responsable de tout, du scepticisme à sens unique, de l’argumentation redondante, de la simplicité involontaire, du clin d’œil facile, de la phrase-punch sans adversaire et, surtout, des salves bravement lancées de forteresse. En terminant, je me demande parfois si Richard Martineau le fait exprès ou s’il est vraiment ignorant ? À chaque fois que je lis un de ses textes, je ne peux m’empêcher de me dire qu’en refusant systématiquement de remettre en question ses bonnes vieilles croyances rassurantes (celles qui reviennent inlassablement dans ses chroniques depuis des années), il démontre peut-être que c’est lui plus que quiconque qui a besoin de croire en ce qu’il croit pour trouver un sens. Quant à moi, le laissant à son gris à lui, je continuerai de lire, de m’informer, de questionner et de prendre la plume contre les petits maîtres qui ne cessent d’écrire leur Moi sur le tableau noir de leur Peur.

mercredi 27 février 2008

Un monde sans livres

"À la jeune employée du salon de coiffure qui s'enquiert du récent voyage en Pologne d'une de ses clientes ("Et alors, la Pologne, c'était comment ?"), celle-ci répond : "Bien, oh oui, bien, très, très bien." Je les observe. Elles se regardent dans le miroir; la plus jeune sourit, le peigne en l'air; je vois bien qu'elle cherche d'autres questions. Un temps a passé, rien ne vient. La plus âgée des deux sourit à son tour puis se replonge dans le magazine qu'elle a ouvert devant elle. Un moment passe. La jeune femme se lance : "Et quel temps vous avez eu ? --- Froid", dit la cliente et c'était vrai, sûrement vrai. Mais elle cherchait une autre question encore, et son visage s'est illuminé lorsqu'elle eut trouvé : "Et les salons de coiffure, comment sont-ils ? Vous avez eu le temps d'en voir ?" La cliente déjà brushée n'avait, sur ce sujet, recueilli que des renseignements bien vagues, ils semblèrent néanmoins la contenter. Leur entretien, sur la Pologne du moins, s'arrêta là. Quand on me demande ce que c'est que la culture, ce que c'est que d'avoir de la culture, d'être cultivé, je suis prise de court. Je cherche, je ne trouve pas. Je ne sais pas dire ce que c'est que d'être cultivé. Mais je sais ce que c'est que de ne l'être pas : c'est être comme cette jeune fille, de dix-huit ou dix-neuf ans [...]. Elle n'a jamais rien lu, et presque rien appris, et ne peut poser de questions sur la Pologne, ni sur quoi que ce soit. [...] Que sait-elle, elle qui n'a rien appris ? Quelles questions peut-elle poser, peut-elle poser des questions, non seulement sur la Pologne, mais sur le monde, les choses, les êtres, les idées, les vivants et les morts, les demeures des hommes, leurs langues, leurs coutumes, et le passé de leurs mots ? Quel monde a-t-on quand on n'a rien lu, s'il est vrai que lire c'est avoir un monde, se donner un monde, se constituer un monde ? [...] Élève jusqu'à dix-neuf ans d'un lycée professionnel, elle est pourtant mieux informée que ne l'ont jamais été aucun de ses ancêtres, ou des miens, ouvriers agricoles, paysans sans terre, artisans sans livres. Informée, mais elle ne sait rien. Pourtant, la radio marche en permanence entre les permanentes; diffusant des chansons, mêlant le Top 50 aux "nouvelles du monde" que coupent des "pages de publicité" célébrant à leur tour les objets maintes fois vantés dans les magazines que nous feuilletons d'une main distraite. Des événements violents [...] se perdent dans le ronron des séchoirs, dans le ruissellement de l'eau, dans les conversations des femmes et les amabilités d'un Voyageur En Shampooings. [...] Le soir venu, on se hâte, on rentre, on est rentré, on est chez soi, comblé de projets et de peines, plein d'un espoir usé doublé d'une vaillance vaine ("Une bonne nuit et on n'y pensera plus"), et d'un ressentiment vague ("Avec tout ça, ils vont nous détraquer le temps"). Les jambes sont lourdes, le frigidaire est plein, la chaleur donne, la télévision ronronne : c'est demain samedi, un bon dîner avec des asperges et des fraises au sucre et cette recette espagnole (ou portugaise ?) découpée dans Elle, en douce, au salon de coiffure, je suis sûre qu'elles n'ont rien vu." Danièle Sallenave, Le don des morts. Sur la littérature.

lundi 11 février 2008

Pablum

Je lis une étude fascinante de Robert Faurisson sur le Journal d'Anne Frank. Le chercheur expose les unes après les autres les absurdités contenues dans ce texte. Au passage, je note ce commentaire cinglant : "Le grand public recherche une sorte de confort, de rêve, de monde facile où on lui apportera exactement le genre d'émotion qui le confirme dans ses habitudes de sentir, de voir et de raisonner."

mardi 5 février 2008

Varia

Hier. Levé tôt, déjeuné avec les enfants.

Marche d’une heure et quart.

Bain de neige : une minute dehors, nu torse, application de neige sur tout le haut du corps. Après, je cours à l’intérieur et m’enveloppe dans une couverture chaude.

Impression d’avoir fait trois heures de jogging. Détente.

Soirée. Souper tôt.

Les enfants jouent sur Internet à « Toon Life »… C’est peut-être le lot de leur époque multimédia, céder la vie réelle pour une « vie de dessin animé »…

Lecture et trouvailles dans le journal de Sollers :

« Laisse-toi escroquer par ce qui t’arrange. Quelques limites quand même, mais pas trop. C’est un investissement de désinformation utile. »

« La répétition incessante des mots “millions” et “milliards” est la grande scie de l’époque : l’argent, la foule. »

« Claudel, sur le sort réservé aux poètes depuis cent ans : “On ne les tue pas, mais on fait ce qu’on peut pour les empêcher de vivre… On les rebute comme des articles ratés. Le silence et le bruit autour d’eux contribuent également à ce qu’ils ne soient ni vus ni entendus, et à ce double égard ils n’ont rien à envier aux morts. Ils n’existent pas, ils ne comptent pas. »

Nuit paisible.

vendredi 25 janvier 2008

Pink

Ça me fait drôle de l'écrire, mais je dois avouer que la chanteuse Pink ne cesse de m'étonner. Il y a quelques années, elle avait fait une chanson intitulée "Stupid Girl" qui riait avec sarcasme de la mode des "pitounes pop" (donc auto-dérision). J'ai connu cette chanson par hasard, car une de mes filles m'avait demandé de lui en faire la traduction et je n'avais pu m'empêcher d'y trouver une certaine puissance ironique. Plus récemment, j'ai vu Pink interpréter des chansons de Janis Joplin d'une façon extrêmement touchante et sincère. La marche était haute et elle semblait n'avoir aucune difficulté à gravir l'escalier. Aujourd'hui, ma belle-sœur m'envoie un vidéo de Pink live dans lequel elle chante en s'adressant au président des États-Unis. La chanson est touchante. Les mauvaises langues diront que c'est une commercialisation de la misère ou, pire, que c'est du rose bonbon facile (mauvais jeu de mots). Peut-être. Mais il n'en reste pas moins qu'une vérité transperce tout de même et les cœurs qui sont encore capables de s'ouvrir un peu le sentent bien. Pour ma part, je suis doublement touché en écoutant cette interprétation. Outre le sens des paroles elles-mêmes, ce qui m'attriste plus encore est que cette chanson ne peut pas atteindre son objectif. Celui à qui elle est destinée est justement tout en haut de l'échelle parce que ce qui nous touche, ce qui nous fait rager, pleurer même, ne l'atteint plus depuis fort longtemps...

samedi 19 janvier 2008

Propagande

Noam Chomsky écrit : "La propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature."

Moi, paraphrasant un grand intellectuel de notre temps, j'ajoute : "Ils ne m'auront pas ces morons-là".

jeudi 10 janvier 2008

La mode des coupeurs de têtes altruistes

Ce soir, je lis avec délectation dans le journal de Sollers : "La démocratie suppose un avocat virtuel derrière chaque citoyen, et un système sophistiqué d'écoutes policières (pour le bien, évidemment)." Un peu plus loin, citant Chateaubriand : "Les béats de philanthropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l'espèce humaine." Ces mots ne m'enlèvent pas un mal de ventre qui dure depuis quelque temps, mais ils adoucissent ma solitude et raffermissent ma passion pour la lecture.