Aucun message portant le libellé Pensées intempestives. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Pensées intempestives. Afficher tous les messages

vendredi 4 octobre 2013

.

Le désir charnel s'endoctrine, se stabilise, trouve sa place dans l'agenda. Il faut se caser, trouver sa case, et sur l'échiquier préétabli, il va sans dire. Des cavaliers seuls, on n'en veut pas. Des fous ? Pourvus qu'ils se taisent ou nous les ferons taire ou ils se tairont (terreront !). Des rois ? Une case à la fois s.v.p. Le désir, disais-je, se conditionne, se familiarise à la norme. Pour le jeune adulte, le sens ultime de la vie apparaît soudain comme cette publicité de Convectair où l'on peut voir papa, maman, fiston et fifille (hé oui ! le petit couple d'enfants !) bien au chaud dans leur salon, se souriant tour à tour, explosant de joie dans ce nouvel Éden à thermostat. Parce qu'il veut justement être apte à chauffer sa caverne en attendant la parturition, car il croit sincèrement à cet Éden familial publicitaire, l'homme --- et la femme il va sans dire --- est prêt à tout, même à se perdre. "Pas le choix... Que voulez-vous..." La suite se devine facilement : chasse à l'homme (ou à la femme, c'est selon), comparaison des listes d'épicevie, démarrage de la structure familiale essentielle (maison, chambre d'ami, mini van, bedaine). Bientôt, papa aura ce qu'il mérite et il sera récompensé parce qu'on le dira responsable. Sous peu, maman trouvera la place de son désir parmi quelques scénarios prédéfinis tels que "premiers pas de bébé", "augmentation", "papa aime bébé", "réussite", "maison nette", "album photos"... Ils se sont perdus, mais la maisonnette est coquette. Et ils vivront zheureux jusqu'à la fin.

lundi 27 août 2012

lundi 14 mai 2012

Homo Economicus - Première partie


L’histoire de ces quinze ou vingt dernières années a vu croître la population d’Homo Economicus d’une façon spectaculaire. Évidemment, la naissance de la race remonte à la nuit des temps, sans doute quand les humains ont commencé à se sédentariser et que les premiers greniers ont nécessité la tenue de comptes. L’appât du gain étant naturel et inné chez lui, il n’est pas surprenant qu’on l’ait vu traîner du côté du grain.

C’est tout récemment, cependant, qu’Homo Economicus est devenu une force telle que tous les petits et grands de ce monde en ont fait non seulement l’exemple à suivre, mais aussi le maître à penser, ou plutôt devrait-on dire le maître à compter. Ce ne sera pas la première fois que les moutons se tiennent près du berger, surtout quand celui-ci, armé de son bâton, leur montre au loin l’ombre du loup. On verra ainsi attirés par son évangile du capital, tous les rêveurs-d’être-riches qui n’ont pas le temps de se questionner sur le bien-fondé de son pouvoir, trop occupés qu’ils sont à travailler pour lui et ses acolytes dans l’espoir toujours reporté d’un jour lui ressembler. Aussi, tous ceux que cette Bonne Nouvelle aura servis demeureront à jamais ses plus fervents défenseurs. 

La plus grande force d’Homo Economicus est sans aucun doute, mise à part sa prodigieuse capacité à faire de l’argent, son aptitude à récupérer toute information disponible pour appuyer sa vision qui est fort simple : l’économie est un dogme infaillible qu’il faut respecter, faute de quoi nous serons tous damnés, c’est-à-dire écrasés par ceux, individus ou nations, qui respectent ce dogme. Ainsi, comme au temps de l’hégémonie cléricale qui validait le monde et toutes ses manifestations par Dieu, toutes les questions que se posent désormais les humains peuvent et doivent être envisagées d’un point de vue économique. Les nouveaux prêtres exercent un pouvoir aussi puissant que les anciens et quiconque ose se lever devant eux, voire seulement les questionner sur le bien-fondé de leur idéologie, se voit aussitôt discrédité et, dans les cas récalcitrants, anathémisé. Les « païens », « idolâtres », « infidèles » et « mécréants » d’autrefois sont aujourd’hui des « gauchistes », « communistes », « socialistes » et « anarchistes ». Ils ont tous en communs de s’opposer d’une façon ou d’une autre à l’évangile du temps qu’il faudrait selon les maîtres croire sur parole. La leur, bien évidemment, qui les maintient tout en haut de leur système car ils ont travaillé très fort et méritent d'avoir tout ce qui existe pour leur usage, et même plus.

Par ailleurs, la logique et le gros bon sens ne sont pas utiles contre ces clergés anciens et nouveaux. Jadis, tout questionnement sur les sacro-saints principes admis par l’Église était balayé du revers de la main par une seule réponse : la foi. De nos jours, c’est la loi du marché qui fait foi de tout. Quand bien même ce système qu’ils honorent et révèrent se serait avéré désastreux et inhumain, ils auront un alibi pour le disculper. De croisades en inquisitions, les anciens maîtres avaient une explication qui allait avec la volonté divine. De faillites nationales en clivages de plus en plus marqués entre très riches et les autres, les nouveaux maîtres ont une justification économique à ajouter sur la pile déjà haute de leurs croyances. L’objectif ultime étant sans doute que nous ne sachions plus imaginer d’autres réponses que celles qu’ils veulent bien nous donner. Pire encore, et c’est déjà souvent le cas : qu’il n’y ait plus de questions.

mercredi 18 avril 2012

Antidotes

La plus forte résistance doit être opposée à la morosité du temps et ses chevaliers du sombre. Pour ceux-là, sollicités par la demande de performance continuelle devant laquelle ils ne peuvent être que des médiocres - et ils le sont, rien n'est plus difficile que de réfléchir. Ils n'en ont ni l'occasion, bombardés qu'ils sont d'informations frelatées, ni la capacité, qu'ils ont perdu en devenant des iHumains ou des perroquets de médias. Ils sont contre tout, et ceux de leurs fréquentations qu'ils nomment « amis » croupissent dans les mêmes fanges du prêt-à-penser et du loisir continuel. Ils croiront volontiers le contraire de ce qu'ils défendaient la veille, pourvu qu'ils en aient entendu les prémisses d'une opinion binaire le matin même. Et comme ils ont perdu jusqu'à la conception de l'idée de liberté, ils s'opposent à tout ce qui s'en rapprochent de près ou de loin. Ils voudraient la jeunesse à leur image, mais la fougue et l'idéalisme la tiennent à l'opposé de leur morne et plate vision du monde. Ils croient que la culture est un loisir ou un produit consommable et méprisent ainsi tout ce qui pourrait les élever au-dessus de leur lassitude. Ils ont la certitude que l'instruction doit servir à la production et que l'université est une usine à PDG, c'est pourquoi ils ne comprennent pas que la réflexion puisse être un but en soi. Ils veulent pour leurs enfants le meilleur, mais font tout pour que l'océan des désillusions qui les a avalés depuis longtemps les noie à leur tour. Riches, ils sont sinistres. Pauvres, ils sont pathétiques. Et leur progéniture est souvent à leur image : inculte et nombriliste. Il faut continuer de s'opposer par tous les moyens à leur mentalité névrotique, quand bien même elle continuerait de se répandre comme une virulente infection. Si le découragement nous frappe souvent durement devant leur prolifération, souvenons-nous, pour rester forts, que nous sommes des antidotes.

dimanche 6 novembre 2011

Le rire du vrai riche


J’aimerais bien que cessent mes brûlements d’estomac. Je sais que modifier mon alimentation pourrait aider. Couper les cretons au déjeuner, par exemple. Faire du yoga. Arrêter de fumer, tiens. Mais, surtout, arrêter de lire ce que disent les perroquets de la drédrette, car plutôt que de me mettre le feu où vous savez, c’est dans l’estomac que ça se passe.

Je n’y peux rien, je ne digère pas leur pseudo pensée libertarienne, leurs arguments d’économiste de caisse populaire, leur espoir d’être un jour dans le 1 % des maîtres, quand on sait bien qu’ils seront toujours dans la middle class of poverty, comme disait l’autre.

Remarquez, les défenseurs de l’inégalité sociale ne sont jamais ceux qu’on penserait : les riches, les vrais, ceux qui ont le pouvoir et l’argent du pouvoir, le beurre et l’argent du beurre avec lequel ils achètent encore plus de beurre. Ceux-là se taisent, jouent au golf, donnent des hormones à leur poule aux œufs d’or et font de l’argent. Indécents et silencieux.

Non, ce sont les autres qui parlent le plus et se posent en chiens de garde : les prolétaires qui rêvent de la paye du patron, les salariés qui aiment le bruit du « punch », les employés qui vont aux Remparts en rêvant aux Antilles, les petits entrepreneurs qui ont du succès de moyens entrepreneurs, les demi-éduqués plein temps qui brandissent leurs diplômes achetés chèrement à l’université, les syndiqués bord en bord qui défèquent sur les syndicats, les rebelles repentis au salaire presque minimum, les contents de se faire fourrer, les heureux d’être à genoux.

Le vrai riche doit rire dans sa barbe quand il les entend dire que c’est normal que le patron fasse plus d’argent que l’employé qui n’a pas eu l’idée de l’entreprise, qui n’a pas pris les risques. Il doit trouver que la machine est vraiment bien huilée, tellement que ça coule de partout. Plus d’argent, vous dites?

Oui, il doit s'amuser, le vrai riche, quand il pense à son père qui lui a tout légué ou à sa prime de rendement mensuelle plus élevée que le salaire annuel de l’employé sur le point de prendre sa retraite après quarante ans de loyaux services à l’entreprise. Il doit se dire qu’il est chanceux de vivre dans une société qui a développé le goût du travail d’une façon si habile qu’on ne sent plus les chaînes, un troupeau qui n’a plus besoin de chien berger quand les moutons se dévorent entre eux.

Il doit s’esclaffer quand il les entend défendre corps et âme un capitalisme agonisant dont il a extrait, avec ses amis du club, tout le jus. Et ils en redemandent.

Il doit exulter en les entendant déclamer sur l’urgence de se serrer la ceinture, de compresser, de couper, de gérer serré, de budgéter sans pitié, quand il reçoit ses subventions à neuf zéros.

Il doit ricaner en voyant les enragés de la classe moyenne mordre les pauvres sous prétexte qu’ils payent trop d’impôt, comme un chien qui mord le chat parce que son maître le bat.

Il doit pouffer quand il entend ces figurants défendre la machine comme s’ils étaient au volant, quand ils n’en sont que les rouages. Bien huilés, oui.

Moi, les entendre ne me fait pas rire, ça me donne des brûlements d’estomac.

samedi 25 juin 2011

Titre possible

Titre possible d'un éventuel essai : Les écrivains ne sont pas (tous) des machines à gommes.

mardi 24 mai 2011

Taux de change

Ah ! Si tous ces mensonges que nous nous faisons continuellement nous étaient dévoilés d'un seul mouvement ! La désillusion qui surgirait alors ne pourrait que nous mettre devant une évidence : nous ne sommes pas grand chose.

Comme le disait Valéry, je crois : "Dieu a fait le monde a partir de rien, mais le rien perce."

jeudi 19 mai 2011

Le langage des maîtres

Je me demande souvent pourquoi tant de gens défendent aujourd’hui le discours qui fait de l’économie l’argument principal d'à peu près tous les sujets. Législation ? « Ça coûte combien ? ». Culture ? « Ça rapporte quoi ? ». Éducation ? « C’est payant ? ». Sécurité publique ? « C’est rentable ? ». Santé ? « On privatise ? »

Essayez pour voir : lancez un sujet, n’importe quel, et vous aurez toujours un boutiquier pour vous servir un discours de caisse populaire. L’argument majeur, c’est l’état des finances du pays. À ça, vous n’avez pas le droit de répondre. C’est l’assertion finale, sans appel, qui rappelle celui de la Dame de Cœur dans Alice au pays des merveilles : « Qu’on leur coupe la tête ! ».

Mais, dites-vous, ces avions de guerre F-35 qui coûteront (au moins !) 16 milliards ? Mais, murmurez-vous timidement, les 50 millions dépensés pour ces vaccins contre un virus quasi inexistant ? Mais, chuchotez-vous piteusement, ces subventions annuelles d'un ou deux milliards aux pétrolières qui font déjà des revenus de quelques milliards de dollars par années ? La réponse : « C’est d’emplois dont vous parlez, de gens qui sont partis de rien pour devenir des big boss, comme je le désire tant. Le problème n’est pas là. Le vrai problème, ce sont les pauvres, les artistes, les étudiants, les fonctionnaires et les criminels. Les lâches, quoi ! Toute cette gang-là. Des nuisances. Qu’on leur coupe la tête et nos problèmes vont se régler, vous allez voir. »

Que répondre à ces grenouilles qui rêvent de mugir ? Que dire à ces demi-éduqués qui raisonnent à coups de zéros ? Comment argumenter contre des opinions qui tiennent plus de la foi et des ondes radio que de la réflexion ?

Aujourd’hui, lisant Charles Dantzig, j’ai trouvé un début de réponse : « D’une certaine façon, toute société parle comme sa classe dominante. »

vendredi 6 mai 2011

Toi y en a vouloir des sous, toi y en a faire plus de menhirs (réponse au texte "Non au mécénat public" de Nathalie Elgrably-Levy

Madame,

J'ai eu l'occasion de lire votre texte paru dans le Journal de Montréal du 5 mai 2011 et, je dois l'avouer, il m'a fait sourire. Loin de moi l'idée de vous juger personnellement sur ces quelques lignes, mais force est d'admettre que cela donne un aperçu de qui vous êtes et, surtout, de qui vous appuiera dans vos propos. On connait la chanson et il n'y a pas là de quoi fouetter un artiste. D'idée reçue en lieu commun, vous déclinez vos convictions qui n'offrent rien de bien nouveau, si ce n'est qu'un gouvernement majoritaire qui a les mêmes est désormais en place. En outre, vous cumulez en quelques lignes faussetés et stéréotypes.

Tout d'abord, sachez que le gouvernement ne peut être « mécène », car le « mécénat », par définition, fait référence à des particuliers ou des entreprises qui supportent financièrement des créateurs. Quand on parle d'une aide gouvernementale, il faut utiliser le terme « subventionnaire », qui n'a rien à voir avec Caius Cilnius Mæcenas, protecteur romain des arts et des lettres. Si cela est pour vous un grand flou qui revient au même, sachez qu’il s’agit là en réalité d’une différence fondamentale que je devais relever.

Vous affirmez d’entrée de jeu que « certains crient au scandale, d'autres traitent d'inculte quiconque ne partage pas leur indignation. Ils font appel à l'émotion, mais qu'en est-il de la raison ? ». Je m’oppose tout de suite. Appeler un chat un chat n’est pas faire appel à l’émotion. Un inculte est un inculte, quoi que vous en pensiez, et quand bien même il serait de votre avis.

Vous continuez en affirmant que la culture est une production comme les autres, comparant même un écrivain et un mécanicien. Vous vous parodiez ainsi en Caius Saugrenus, ce grotesque parvenu qui nous a fait bien rire dans Obélix et compagnie : « Toi y en a vouloir des sous, toi y en à faire plus de menhirs ». Mais voilà, un livre (ou toute création artistique) n’est en général pas un menhir ni un changement d’huile. Sauf mon respect pour les mécaniciens (et je salue mon ami Steve au passage), aucun changement de cardan ne sera jamais la Comédie humaine, ni une réparation de différentiel Ainsi parlait Zarathoustra. Je ne donne pas ces exemples au hasard, Balzac et Nietzsche ayant connu, comme bien d’autres, la vie créatrice de misère. Aujourd’hui pourtant, ces œuvres sont admirées par le nombre, et le fait que vous ne les connaissiez pas ne change rien à l’affaire.

Vous conviendrez avec moi qu’il est assez facile de juger des talents d’un mécanicien. J’en ai connu de mauvais (ma voiture fonctionnait mal) et d’excellents (ma voiture fonctionnait bien). Avec votre principe de l’offre et de la demande, les premiers finissent à juste titre par faire autre chose. Mais il est plus délicat de juger de la qualité d’une œuvre d’art. Les yeux et les oreilles les plus habituées se trompent souvent au premier abord, et l’histoire de l’art en est un témoignage continuel. Subventionner les artistes, c’est assumer que l’art n’est souvent évaluable que dans la durée et que d’un présumé sans talent qui selon vous devrait faire autre chose, le temps fera un Van Gogh. Par ailleurs, a-t-on déjà vu un mécanicien prêt à crever de faim pour continuer à réparer des voitures ?

Ainsi, vous glissez trop rapidement sur la première raison qui fait, selon vous, qu’un artiste vit dans la misère : « La première est que son talent n'est peut-être pas en demande. » Mais, madame, à la lumière de ce que je viens d’écrire, cela est de la plus haute importance ! Les artistes ne peuvent pas tous faire ce qui est en demande, ce serait trop triste. De plus, les artistes finissent parfois par être en demande après plusieurs années de travail dans l’ombre et la misère (on pense à Robert Lepage, dont les débuts ont été selon ses dires très difficiles, malgré les subventions). Quant aux artistes inconnus et miséreux, qui sait ce que deviendront leurs œuvres un jour (quand nous serons morts, et c’est encore une fois le pari du temps) ? Est-ce à dire que le gouvernement doit donner de l’argent à tous les artistes inconditionnellement ? Bien sûr que non, mais ce n’est pas ce qui se fait. À ma connaissance, toute subvention reçue par un artiste est le fruit d’un travail sérieux qui implique la présentation d’un dossier complet jugé par des comités formés de gens dont la crédibilité est bien établie. Une simple visite sur le site du Conseil des Arts du Canada vous confirmera ce fait. Cela ne veut pas dire qu’aucun dollar n’est perdu dans le processus, mais le risque a donné de si belles œuvres au fil des ans qu’il faudrait être bien conservateur pour ne pas l’assumer.

Enfin, vous terminez en proposant d’abolir les taxes sur les produits culturels, et là, je suis d’accord avec vous. Mais je ne peux m’empêcher de voir une énorme contradiction dans votre discours : si une création artistique vaut un changement d’huile, si « les artistes ne devraient pas être une classe à part », je ne vois pas pourquoi ce qu’ils produisent devrait être exempté de taxes. Un gâteau Vachon ? TPS et TVQ ! Ficelle de Riopelle ? TPS et TVQ ! Une rotation de pneus ? TPS et TVQ ! Le Passage obligé de Michel Tremblay ? TPS et TVQ !

Vous voyez le non-sens… Et votre contradiction montre malgré vous qu’un poème, une toile ou une symphonie ne sont pas des produits comme les autres, ni les artistes des vendeurs de bébelles qui doivent se soumettre à l’économie de marché des petits maîtres.

samedi 12 février 2011

L'ailleurs plus meilleur

Leur fantasme des États-Unis. Du succès, du gagne-pain, du nombre million, de la soumission à la vie de labeur, à la vie comme labeur. L'intoxication quotidienne ignorée d'eux. Le brandissement de leurs opinions couleur de compte de banque, comme des armes longues portées. Et le ludique pour avaler le tout, homo festivus avec des chaînes, convaincu qu'il se les est placées lui-même. Voir grand, mais d'un petit point de vue, et cela fonctionne, donne des renversements, voire des révolutions. Et donnez-nous un peu de ce moins qui marche ailleurs, même si cela boite de temps en temps. N'oubliez pas le soupçon de rigolade, ça passe mieux.

mercredi 9 février 2011

Fido zappe et Minou gobe

Les médias nous apprenaient, lundi dernier, qu'il y a eu 13 millions d'ordonnances d'antidépresseurs en 2010 au Québec seulement. Dans les faits, c'est 13 millions de fois où un patient entre dans le bureau de son médecin et dit :

- Ça ne va pas. Je ne me sens pas bien.
- Je vais vous faire une prescription d'antidépresseurs.

ou

- Je ne me sens pas bien. Ça ne va pas.
- Je vais vous faire une prescription d'antidépresseurs.

Moi, personnellement, ça ne me dérange pas du tout. Au contraire, je comprends très bien qu'on puisse avoir envie de vomir son humanité de temps en temps, et j'ai mes propres drogues pour supporter certains volets de la vie. Ça peut être une fichue bonne sortie de secours, les pilules, quand tout dérape et que la maison est en feu. Mais dans ce contexte d'orgie de Paxil, Cipralex, Zoloft et autre Luvox, je m'étonne de voir tous ce monde inconditionnellement heureux autour de moi. 13 millions d'ordonnances d'antidépresseurs, ça fait tout de même pas mal de gens qui ne se sentent pas bien. Un ami avec qui j'abordais le sujet me dit : "Ben justement, c'est parce qu'ils en prennent qu'ils sont souriants". Ah... que je réponds ahuri. Moi qui pensais que cette félicité leur venait de leur voyage annuel dans le Sud, leur brillante carrière, leurs beaux enfants, leur belle maison, leurs runs de motoneige, leurs voyages de pêche...

Évidemment, ce n'est pas la première chose qu'on a envie de dire : "By the way, je prends des antidépresseurs depuis six mois". Mais entre ça et "Ma-vie-est-la-plus-extraordinaire-chose-qui-me-soit-arrivée-depuis-toujours", il y une marge, frôlant l'hypocrisie.

C'est comme la télévision. Les cotes d'écoute sont toujours à la hausse, mais personne ne l'écoute. Essayez, vous allez voir :

- Tu écoutes la télé, toi ?
- Moi, non, pas vraiment, de temps en temps.

Or, une marche en soirée suffit à voir que toutes les télévisions sont allumées dans toutes les maisons. C'était vrai quand j'habitais au cœur de la ville, vrai quand j'ai habité en banlieue et c'est encore vrai ici, à la campagne. Mais qui écoute, puisque personne n'écoute ? Le chien, probablement. Pendant que le chat digère ses antidépresseurs.

dimanche 5 décembre 2010

L'opinion des artistes

Le vidéo des artistes qui demandent au gouvernement de prendre son temps en ce qui concerne le gaz de schiste a fait beaucoup jaser un peu partout. À la radio, un petit empereur libertarien de Québec (évidemment!) a suinté comme il sait si bien le faire. Après avoir posté le vidéo en question sur son blogue, le caricaturiste Ygreck a vu apparaître une belle diarrhée de commentaires (il faut dire que son blogue est fréquenté par une faune béotienne assez exceptionnelle…). Le refrain est assez connu: « L’argent… bla-bla-bla… », « le Québec de marde… bla-bla-bla… », « aux States… bla-bla-bla… », « les artisses, ces B.S. de luxe, bla-bla-bla… ».

Là, je me sens visé. Et quand je me sens visé, je dégaine.

Du bas de leur tribune radiophonique, ces salariés à 200 000 $ par année, anciens fils à papa, économistes de caisse populaire, libertariens de rien, dispensent à qui mieux mieux leur démagogie d’inculte et leur réflexion de secondaire trois faible. Ils accusent les artistes de se prononcer sur une cause qu’ils ne connaissent pas, quand ils passent leurs longues matinées à donner leur avis sur tous les sujets imaginables, qu’ils ne connaissent pas… À l’autre bout, cachés derrière l’anonymat du web, ces commentateurs-perroquets qui écrivent ce qu’ils ont entendu lors de leur imbibition matinale de flux radiophonique. On leur a donné une demi-éducation, pas surprenant qu’ils aient des demi-opinions. Je l’ai déjà écrit ailleurs, mais quand on rêve d’être Forest Gump, il faut s’assurer d’en avoir pas que le Q.I.

On doit leur dire, à tous ces petits enragés, que la plupart des artistes ne vivent pas comme des rois, n’ont pas de subvention et poursuivent leur art la plupart du temps envers et contre tous. Lâchez vos Summum deux minutes! Les artistes dans la Tévé ne sont qu’une infime minorité de tous ceux qui créent. Je connais de nombreux artistes et aucun d’eux ne fait la grosse vie subventionnée que vous vous imaginez. Sortez de vos bungalows pour aller voir autre chose que la finale de la Coupe Vanier ou le Red Bull Crashed Ice et essayez donc d’aller du côté des bars de chansonniers, des lectures de poésie, des lancements, des vernissages… Je sais bien que toutes ces niaiseries ne vous intéressent pas, mais vous auriez la chance de constater qu’il n’y a pas de millionnaires là, mais des passionnés de l’art, des gens qui sont prêts à tout pour faire ce qu’ils aiment. Vous comprenez ce que ça veut dire, faire ce que l’on aime sans vouloir devenir le patron, sans avoir besoin de sa petite semaine à Puerto Vallarta pour décompresser ? Ha, c’est vrai que pour vous, les seuls artistes dignes de ce nom sont ceux qui vendent, n’est-ce pas? Donc ceux que l’on voit partout, ceux que tout le monde aime, ceux qui sont subventionnés…

Si ce n’était de votre colère mal dissimulée, vous seriez presque comiques avec vos idées en poudre, votre connaissance de tout sur à peu près rien, vos rêves de banlieusards, vos peurs cupides, votre éternel aller-retour entre votre salaire haute imposition et votre télévision haute définition, entre vos pauses-café et vos voyages organisés, entre vos relations de couple tiédies et vos masseuses bon marché. Heureusement, vous nourrissez mon imaginaire, bien que je n’écrive pas mes livres pour vous, qui ne lisez pas. Et si j’ose entrer dans une zone qui vous est interdite, je vous affirme que j’écrirais même si je n’étais lu de personne. C’est que, comme le disaient les frères Goncourt, « en art, il y a mille façons d’encourager les fausses vocations, mais aucune de décourager les vraies ».

À la lumière de ceci, j’espère que vous comprendrez que les artistes n’ont pas besoin de votre accord pour être passionnés, pour continuer leur combat, pour créer, pour donner leur opinion. L’art, quel qu’il soit, est toujours une opinion. Vous riez? Nous aussi, mais jamais en même temps que vous.

dimanche 27 juin 2010

L'esclavage c'est la liberté

La machine médiatique est aujourd'hui si sophistiquée qu'il est devenu extrêmement difficile pour un individu de penser par lui-même. En réalité, les citoyens de notre temps, pour la plupart abreuvés à l'auge toujours pleine des médias et du prêt-à-penser, considèrent désormais comme étrange, ridicule, inutile, voire menaçant, celui qui pense librement. Pourtant, le mot "liberté" n'a jamais été aussi utilisé qu'aujourd'hui. Mais ce qu'on appelle liberté n'est souvent que consommation aiguillonnée, sécurité chèrement payée et servitude volontaire. Il suffit d'aborder le sujet de front avec à peu près n'importe qui pour voir subtilement ressurgir, mis au niveau du jour, c'est-à-dire affaibli, le triste de mot de Lénine : "La liberté, pour quoi faire ?"

vendredi 28 mai 2010

Beati pauperes spiritu

  
Est-ce que ça vous arrive d’être tanné ? Pas tanné juste un peu, comme on l’est quand on voit que nos « élus » jouent impunément à suce-moi-le-mien-je-te-sucerai-le-tien-en-temps-et-lieux et que RIEN ne se passe, ou comme on se sent quand on réalise que des centaines de millions de dollars ont été dépensés pour un vaccin contre un virus qui n’a finalement tué que quelques centenaires triple pontage, quadruple cancer et que RIEN ne se passe, non, pas tanné en passant, tanné pour de vrai. Écœuré, fatigué, brûlé, tanné quoi !
 
Moi, ça m’arrive souvent. Je ne sais pas si c’est parce que j’aime lire autre chose que les journaux qui ne répètent que les mêmes choses ad nauseam, ou parce que j’ai chopé une lucidité morbide étant enfant ou enfin parce que recevoir une montre en or à ma retraite m’intéresse autant que de me retrouver en cellule avec un ex-lutteur de 300 livres en manque de sexe ou lire l’opinion frelatée de Richard Martineau, mais des fois, je suis vraiment tanné.

Des fois, je me vois comme une petite fourmi qui passe sa vie à déplacer des grains de sable d’une place à l’autre, d’un Wal Mart à chez-nous, de chez-nous à « toutes les bonnes librairies ». Des fois, je me sens comme dans la pièce En attendant Godot de Beckett, je suis assis sous le même arbre, année après année, et il y a de moins en moins de feuilles, de plus en plus de branches mortes.

Parfois, assis devant la télévision, regardant le 22e épisode de 24 heures saison 6 ou une partie du Canadien ou une émission de variété avariée ou un reportage qui ne rapporte que l’opinion de la mode du temps, j’ai envie de vomir. Ce n’est pas une figure de style, ça me dégoûte. En un instant, je reviens à moi. Et j’ai envie de crier. Remarquez que problème pour problème, je préfère cette envie de crier au besoin d’agiter une grosse main en mousse quand un millionnaire au QI de 80 pousse un bout de caoutchouc derrière un secondaire trois faible tout autant millionnaire ou à l’inertie d’intelligence que nécessite le suivi d’une série télévisée et la mise à mort du cerveau obligatoire pour trouver enrichissant Enquête ou La Facture.

Peut-être que j’ai besoin de médication ou d’une bonne lobotomie manquée, comme dans Vol au-dessus d’un nid de coucous. Serais-je plus heureux les yeux livides, la bave qui coule à la commissure des lèvres ? Peut-être. Mais je n’arrive pas à me rendre à la norme, à abdiquer devant la formule de vie en poudre, à m’avouer vaincu par le temps, les us, les « c’est comme ça ». J'ai eu quarante ans et quelque chose en moi m’empêche de devenir tout à fait un Éloï.*

* Dans La machine à explorer le temps, d’H.G. Wells, les Éloïs sont les descendants des humains de l’an 802 701. Ils ne font que jouer et manger et ont la certitude d’être heureux, quand ils ne sont que la nourriture des Morlocks qui les dévorent la nuit.

jeudi 26 novembre 2009

Il faut impérativement un vaccin contre le suivisme et la stupidité


Ils faisaient déjà la queue pour aller voter, mener leurs enfants à la garderie à six mois, assister au Red Bull Crashed Ice, mais là, pour aller se faire vacciner comme des cobayes, vraiment, ça me coupe le sifflet. C'est Montherlant qui avait raison : « Faire accepter n'importe quelle insanité sociale, entre autres la guerre, est l'affaire d'une campagne de presse de six semaines. Notre condition, notre vie, les vies de ceux qui nous sont chers, sont à la merci des directeurs de journaux, et des journalistes. » (Henry de Montherlant, « La possession de soi-même », conférence du 8 mars 1935.)

Cette pandémie de moutonnerie quasi globale, de lobbyisme mercantile et d'opportunisme infect me laisse croire que s'ils se mettaient à affirmer partout que deux trous du cul valent mieux qu'un, les ventes de perceuses augmenteraient en flèche.

vendredi 11 septembre 2009

Acte révolutionnaire


C'est aujourd'hui un acte révolutionnaire que d'acheter un livre (je dis bien "un livre", et non pas un film américain imprimé sur du papier)...

mercredi 29 avril 2009

La nouvelle peur

On en parle partout. La peur à la mode, nouvelle, améliorée, sans gras trans et avec Omega-3, c'est la grippe porcine (prononcer avec trémolos dans la voix). Les médias ont enfin quelque chose à se mettre sous la dent; leurs fidèles lecteurs sont contents : ils auront de quoi braire à la pause. Quoi ? Cette fois c'est vrai ? On va tous mourir ? Je le savais déjà...

mardi 7 avril 2009

Heil Obama !

L'étude de l'Histoire prouve hors de tout doute qu'il est très difficile de voir les courants et les marées qui mènent à ce que nous croyons toujours pouvoir prévenir. C'est que l'horreur a de nombreux visages et les plus subtils d'entre eux étant ceux qui ont l'apparence de la noblesse, de l'altruisme, voire de la beauté. L'étude de l'Histoire enseigne aussi que les hommes craignent la liberté et sont terrifiés par la solitude. C'est pourquoi ils s'agglutinent, s'associent, se combinent, se coalisent, se liguent, s'unissent. Peu importe pour quoi, peu importe comment. N'importe quoi, n'importe comment. Ça fait peur. Voir The Presidential Pledge Tous ces millionnaires qui servent leur petite morale de salon est terrifiante. Nerveux ? Visionnez la parodie, ça va vous détendre.

dimanche 22 mars 2009

Apartés

Il n'y a qu'une seule façon de dire à quelqu'un que ce qu'il est dans son entièreté est une réfutation incontestable de la théorie de l'évolution. * Le plus drôle, avec la pandémie de diarrhée informationnelle qui sévit partout, c'est qu'ils sont de plus en plus nombreux à ne connaître rien sur à peu près tout. * Ils nomment cela "la démocratisation de la culture", mais ce n'est en réalité que le fascisme de l'inculture.

vendredi 20 mars 2009

Du Red Bull et du Crashed Ice

« Toute l'intelligence du monde est impuissante contre une idiotie à la mode ». - Anonyme - « C'est là le fond de toute politique, panem et circenses, et l'art de gouverner les peuples se réduit en dernier lieu à l'art d'empêcher qu'ils ne s'ennuient. » - Revue de Paris -
Le sort en est jeté ! Le Red Bull Crashed Ice reviendra à Québec en 2010. L'homo festivus, pour reprendre l'expression de Philippe Muray, triomphe sur toute la ligne encore une fois.
Le maire du cirque, Régis Labaume, se frotte déjà les mains en pensant à tout ce bel argent qui tombera du ciel tandis que d'énergiques et caféinés citoyens du monde dévaleront une côte glacée sous le regard émerveillé d'une foule en délire devant tant de spectaculaire spectaculaire. Debout en équilibre sur un ballon, le politicien-commerçant Labaume jonglera-t-il avec quelques canettes de Red Bull en ouverture ? Cela ne surprendrait personne et, il faut l'avouer franchement, ajouterait encore un peu plus d'intelligence et de grâce à l'événement qui est un must pour les véritables propriétaires de la cité, que l'on nomme aussi commerçants quand la novlangue régit le discours, c'est-à-dire tout le temps.
Les citoyens de la côte de la Montagne brimés par l'événement ne doivent pas s'étonner outre mesure de cette conclusion qui suit parfaitement la ligne politique du fricotourisme opérant depuis le début du 400e, au grand bonheur de tous ces banlieusards qui s'ennuient tant dans leur travail et leur vie. Ils viendront d'ailleurs en nombre descendre quelques canettes énergétiques et s'agglutiner le plus près possible pour voir, avant de retourner paisiblement déneiger leur entrée, écouter leur émission préférée, préparer leur souper-entre-amis ou faire toute autre activité conforme à leurs habitudes.
Au travail, le lundi matin, on discutera fort entre collègues de la chute d'untel et des acrobaties d'unetelle, soulevant au passage le triste sort que c'eut été de perdre cet événement majeur qui fait la joie des petits et grands, de sept à soixante-dix-sept ans. On mentionnera avec nostalgie « le spectacle de Paul » et, comme le soleil se couche le soir, chacun retournera à ses affaires, le sourire aux lèvres, l'esprit de communauté dans le cœur, avec l'impression viscérale de faire partie du grand spectacle de la vie. Merci Régis !