Aucun message portant le libellé Actualité et Politique. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Actualité et Politique. Afficher tous les messages

lundi 30 janvier 2017

Trois amalgames suite à la tuerie à Québec

Le terme « amalgame » est devenu un cliché, si bien que l’utiliser ajoute au galvaudage du commun. Mais fort est de constater en ce lendemain sombre que trop de gens manquent de recul et de bien d’autres choses pour l’éviter. Voici les cocktails lancés un peu partout que je dénonce pour la paix et le bon sens :


« La charte québécoise est en partie responsable de cette tuerie. »

Il faudra m’expliquer comment une charte pour la laïcité de l’État, c’est-à-dire pour que la religion et l’état soient étanchent l’un envers l’autre, pourrait de quelque façon que ce soit encourager le meurtre d’innocents. On peut très bien souhaiter que l’État extirpe tout le religieux de son système sans pour autant vouloir du mal à qui que ce soit. La charte, à ce que je sache, n’a jamais parlé de contrôler ce que les Québécois font chez eux, dans la rue ou dans leur lieu de culte. La charte n'était pas violente et ne prônait la violence d'aucune manière.


« Les animateurs des radios de Québec et certains commentateurs médiatiques ont du sang sur les mains. »

Trouver un coupable est facile. On pointe du doigt et on guillotine. Il est plus difficile de réfléchir d’un point de vue global et de chercher des solutions au basculement d’un monde. Personnellement, je méprise ces radios d'opinion et les commentateurs-agitateurs, mais dire que Duhaime, Martineau ou tout autre animateur intempestif doivent porter une part du blâme pour cette tuerie est aussi ridicule que de prétendre que le loup est entré dans la bergerie parce que la clôture n’était pas fraîchement peinturée. C’est une simplification naïve qui prend l’effet pour la cause. Un enragé ne tue pas de sang-froid parce qu’un inconscient ne mesure pas la portée de ses propos. Qu’il y ait des racistes que certains propos confortent dans leur répugnante conception, on ne peut le nier, mais cela n’en fait pas des meurtriers pour autant.


« Les Québécois, et particulièrement ceux de Québec, doivent dénoncer cet attentat pour se soustraire à toute affiliation, comme on demande souvent aux musulmans de le faire quand survient un attentat islamiste. »


Personnellement, je n’ai jamais attendu qu’un musulman dénonce un attentat islamiste pour se « laver de tout soupçon ». Devant l’horreur, j’attends plutôt que tout le monde soit dégoûté par un acte dégoûtant. Mais je peux comprendre que si des gens commettent l’horreur au nom de quelque chose qui m’est cher, j’ai envie de crier que ce qui m’est cher n’a rien à voir avec le geste commis. Si j’étais musulman, je serais en colère lors d’un attentat islamiste, comme beaucoup d’anglophones l’ont été quand Henry Bain a crié « les Anglais se réveillent » après avoir déchaîné sa démente barbarie. Ainsi, si un Québécois usait de violence sur quiconque en criant « Vive le Québec libre ! », je me dissocierais aussitôt de ce nationalisme brutal et nauséabond, contraire à tout ce qui m’est cher. Mais ici, l’odieux n’a pas été commis au nom d’une idée ou d’une religion à laquelle j’adhère. Comme à peu près tous les gens de Québec, je n’ai absolument rien à voir avec cette violence et je la dénonce de tout mon cœur, mais je ne sens pas le besoin de me soustraire à quoi que ce soit, car le seul lien que j’ai avec ce meurtrier, c’est d’être québécois, comme ceux qui ont été lâchement assassinés ou blessés.

mercredi 2 mai 2012

Alain Dubuc, désinformateur


Dans un article récent intitulé avec condescendance Petit rappel sur la démocratie, Alain Dubuc démontre encore à quel point il est un journaliste de mauvaise foi.

D’entrée de jeu, il affirme que la récente offre gouvernementale pourrait être acceptée par les étudiants sans qu’ils y perdent leur honneur, précisant tout de suite que cette offre ressemble beaucoup à ce que lui-même proposait dans un précédent brouillon. Rien que pour cette association d’idées, l’offre mérite d’être rejetée.

Le porte-parole de la « grosse presse à Power » continue sa descente en piochant sur la liberté pour un peuple de manifester son mécontentement : « Nous ne vivons pas dans un régime de démocratie directe où les décisions se prennent dans la rue. Nous vivons dans une démocratie parlementaire, où il faut accepter qu’à un moment donné, c’est le gouvernement qui fait les arbitrages et qui décide. » Cet usage d’ « un moment donné » laisse supposer qu’on peut se révolter contre les décisions injustes et absurdes d’un gouvernement, mais que si nous ne sommes pas entendus, il faut rentrer chez soi, tête basse et queue entre les jambes. Faudrait-il rappeler à Monsieur Dubuc que l’histoire, québécoise ou mondiale, regorge d’exemples où des dirigeants élus ont été renversés pendant leur règne odieux, suite à des décisions injustes soutenues à coups de matraque par les forces de l’ordre ?

Plus loin, Monsieur Dubuc joue au statisticien pervers en affirmant que « les deux tiers des étudiants ne participent pas à la grève. », sous-entendant ainsi que cette grève n’est due qu’à une minorité banale. Mais un homme comme lui, posté si près des grosses poches québécoises, ne peut ignorer que les statistiques sont des menteuses et, surtout, que beaucoup d’étudiants qui ne sont pas en grève ne sont pas moins contre la hausse des frais de scolarité. Les finissants qui craignent trop pour leur session, les étudiants d’un cégep ou d’une université où la grève a été rejetée (dans certains cas par une très faible majorité), pour ne nommer que ceux-là.

Enfin, Monsieur Dubuc sombre carrément dans la pop-psycho bon marché : « On peut y [la grève étudiante] voir l’expression collective du phénomène de l’enfant-roi, typique de cette génération à qui personne n’a jamais dit non. » Tant qu’à y être, il aurait pu justifier ses propos en citant Le Secret ou Parents gros bon sens, comme l’a fait l’obtuse Josey Arsenault en commettant un article où elle compare les étudiants en grève à des enfants en crise. En infantilisant ces adultes en droit de voter qui se mobilisent courageusement et tiennent des discours intelligents, Alain Dubuc et Josey Arsenault exposent un des problèmes majeurs de ce conflit, qui est le manque de respect total de ces brahmans pour ce qu’ils considèrent être une caste inférieure. Cette légèreté est proche de l’incompétence, et on en vient inévitablement à se questionner sur les qualités journalistiques de qui tient de tels propos.


Ils oublient sans doute que ces jeunes ne se battent pas que pour leur petite personne, mais pour un concept qui dépasse de loin la motivation égoïste qu’ils leur prêtent. Quant aux enfants-rois, il serait bon qu’ils se demandent comment une génération comme la leur a osé profiter de toutes les valeurs québécoises contre lesquelles elle se bat désormais.

lundi 30 avril 2012

Qui vaut tant d'argent ?


Dernièrement, dans La Presse, Martin Vallières a publié un article où il traite de la rémunération annuelle des PDG québécois. On y trouve des nombres astronomiques, juste assez juteux pour faire rêver le prolétaire de droite qui rêve d’être un bœuf.


J’ai beau me dire que ces gars-là ont de grosses responsabilités et des agendas bien remplis, je ne parviens pas à comprendre :
  • Comment peut-on avoir besoin de tant d’argent.
  •  L’écart obscène entre ces salaires et les salaires des employés. Pour un salaire, disons de 45 000 $ par année pour un commis, le patron fait plus de 186 fois son revenu annuel. Je sais la différence entre les deux emplois et je comprends le risque élevé que ces dirigeants assument ou ont assumé, mais cela vaut-il plus de 186 fois la sueur du mécano qui passe 45 heures dans l’usine ou de la secrétaire qui gère le lourd agenda ?

      Je mentionne au passage que le premier ministre du Québec gagne 175 045 $ par année, soit 48 fois moins que le PDG de Bell. Avec un salaire de premier ministre, plus un autre salaire de député ainsi qu'une allocation de dépense, le premier ministre du Canada gagne 300 000$ annuellement, 28 fois moins que le richissime patron de Bell Canada.


Et il faudrait se taire, les mains jointes devant la « libre » économie ?

lundi 23 avril 2012

Les voleurs de « grève »

Les voilà donc, du haut de leur congrès de dollars, essayant de voler aux étudiants le mot « grève », après avoir tenté de leur retirer tout le reste. À droite, on entend qu'une « grève » concerne le travail, ce sacré mot sacré qui est leur prière quotidienne. À gauche, on murmure que c'est vrai, qu'on devrait dire autre chose, qu'une « grève » concerne le travail. On voit bien que la contamination est avancée... Et ils parlent de sémantique, et bla-bla-bla.

Mais je ne me fie pas aux lecteurs de journaux, ni à ceux qui croient plus qu'ils ne savent. Et qui n’ouvrent jamais un dictionnaire.

La première définition du mot grève est effectivement liée au travail. Mais si on continue à lire, si bien entendu on sait lire, on en trouve une seconde, tout aussi importante.

Le Petit Robert :

« Grève : arrêt volontaire et collectif d'une activité, par revendications ou protestation. Grève des étudiants. »


Démagogues, taisez-vous donc ! Les étudiants sont bel et bien en grève.

vendredi 20 avril 2012

On ne fait pas d'omelette...

Depuis le début de la grève des étudiants, le gouvernement a utilisé tous les moyens à sa disposition non pas pour trouver une solution au conflit, mais bien pour discréditer ses opposants. En traitant des citoyens ainsi, on a créé le monstre qui, malgré les coups bas répétés, ne semble pas vouloir mourir. Au contraire, l'animal enrage et rue violemment. Non seulement ne veut-il pas plier l'échine, mais le voilà qui hurle encore plus fort, dérangeant évidemment les endormis qui ne demandent qu'une chose : qu'on les laisse survivre en paix. Et voici homo festivus qui rechigne entre deux parties de hockey; et voilà le prolétaire qui s'époumone en ventant les vertus du travail; un peu à droite, la petite bourgeoise s'inquiète de perdre sa session payée par papa; un peu à gauche, le bourgeois trouve que tous ces cris l'empêchent de rester immobile comme il en a la passion depuis qu'il a sa permanence. Au bout du compte, presque tout le monde est mécontent de voir une jeunesse forte et assoiffée de justice, ce qui en dit beaucoup sur l'air vicié du temps.

Je pense qu'il faudrait au contraire admirer ce combat inégal et, du coup, se demander pourquoi les pissenlits qui poussent sur notre pelouse nous dérangent tant. N'avons-nous pas eu, nous-aussi, un jour, le goût de la justice? N'avons-nous pas pensé, quand nous étions encore libres de notre temps, que certaines causes méritaient nos efforts pour leur symbolisme? N'avons-nous jamais acquiescé, dans le court métrage « Le temps des bouffons », à l'idée que les chiens qui mangent du pauvre ne devraient pas être surpris quand un des leurs se retrouve dans une valise de char?

mercredi 18 avril 2012

Antidotes

La plus forte résistance doit être opposée à la morosité du temps et ses chevaliers du sombre. Pour ceux-là, sollicités par la demande de performance continuelle devant laquelle ils ne peuvent être que des médiocres - et ils le sont, rien n'est plus difficile que de réfléchir. Ils n'en ont ni l'occasion, bombardés qu'ils sont d'informations frelatées, ni la capacité, qu'ils ont perdu en devenant des iHumains ou des perroquets de médias. Ils sont contre tout, et ceux de leurs fréquentations qu'ils nomment « amis » croupissent dans les mêmes fanges du prêt-à-penser et du loisir continuel. Ils croiront volontiers le contraire de ce qu'ils défendaient la veille, pourvu qu'ils en aient entendu les prémisses d'une opinion binaire le matin même. Et comme ils ont perdu jusqu'à la conception de l'idée de liberté, ils s'opposent à tout ce qui s'en rapprochent de près ou de loin. Ils voudraient la jeunesse à leur image, mais la fougue et l'idéalisme la tiennent à l'opposé de leur morne et plate vision du monde. Ils croient que la culture est un loisir ou un produit consommable et méprisent ainsi tout ce qui pourrait les élever au-dessus de leur lassitude. Ils ont la certitude que l'instruction doit servir à la production et que l'université est une usine à PDG, c'est pourquoi ils ne comprennent pas que la réflexion puisse être un but en soi. Ils veulent pour leurs enfants le meilleur, mais font tout pour que l'océan des désillusions qui les a avalés depuis longtemps les noie à leur tour. Riches, ils sont sinistres. Pauvres, ils sont pathétiques. Et leur progéniture est souvent à leur image : inculte et nombriliste. Il faut continuer de s'opposer par tous les moyens à leur mentalité névrotique, quand bien même elle continuerait de se répandre comme une virulente infection. Si le découragement nous frappe souvent durement devant leur prolifération, souvenons-nous, pour rester forts, que nous sommes des antidotes.

lundi 14 novembre 2011

L'infection de la pensée d'homo economicus

En réponse au texte d’opinion d’Alexandre Blanchet, L’éducation, la mort et les taxes (voir mon précédent billet), un brave anonyme du web (qui signe meme moi ici) lui sert ceci que je copie intégralement ci-dessous :

« alexandre blanchet doctorat science POLITIQUE ha! je comprend...
quelles condescendance!!! du haut de votre petit doctorat vous semblez regarder le monde de haut,, descendez s'il vous plait... y a du monde intéressant en bas... je me demande si cela fait mal la tête qui enfle à ce point.. »


Qu’est-ce qu’il comprend exactement, notre petit enragé caché derrière l’anonymat de son écran ? En fait, ses propos prouvent qu’il n’a rien compris du tout. À lui seul, le début de sa réponse (qui serait plutôt un petit cri pathétique) témoigne tristement de sa colère de démuni. En quoi, en effet, le titre de doctorant en sciences politiques pourrait-il lui permettre de comprendre quelque chose ? Alexandre Blanchet serait-il plus crédible s’il était pompier ? Est-ce que je le juge, meme moi ici, parce qu’il fait une faute aux deux mots ? Heu…, ce n’est pas un bon exemple, je l’admets. Mais bon, il faut vraiment que le complexe d’infériorité soit bien ancré pour qu’un simple titre vaille l’accusation de condescendance. Pourtant, il n’y a absolument rien de méprisant ou de hautain dans ce texte. Au contraire, il est empreint de tolérance et de respect.


Relisez, monsieur meme moi ici, et ne restez pas à genoux cette fois : peut-être comprendrez vous ce que cette opinion soulève comme question. Pour ma part, je n’y vois qu’un lucide rappel à l’ordre dans ce débat qui ne considère, à droite et à gauche, les études qu’à titre d’usine à faire des employés performants. J’ajouterais que ce n’est que récemment dans l’histoire, en fait depuis que les économistes ont remplacé les curés comme tenants de l'espoir de vie meilleure, que l’éducation s’est vue infecter, à la suite de presque tout en ce monde, par la litanie insipide et l’idéologie vénale de l’homo economicus.


L'argent-mesure-de-toute-chose, pour reprendre l'intense expression de Raoul Vaneigem, est son unique langage, celui qu'utilise aujourd'hui à peu près tout le monde, y compris les recteurs d'université. Pas surprenant, dans cette ambiance de tirelire, que beaucoup de diplômés soient de demi-incultes prêts à servir efficacement l'entreprise.

mardi 8 novembre 2011

En vrac

   L’idée d’abandonner un texte sur un banc de parc m’a toujours plu. Ne pas se retourner, ne pas attendre que quelqu’un le prenne, laisser le hasard et le vent décider. S'en aller avec l’espoir d’un lecteur inattendu, étonné, fasciné même. S’imaginer celui-ci sortant un crayon de sa poche et ajoutant des mots, des commentaires ou quelques vers de son cru. J’apprends ce matin que je ne suis pas le seul à avoir ce genre de fantasme. Trois jeunes femmes de Québec lancent un projet en ce sens : Libérez les livres! Le concept est simple, laisser des livres sur des bancs d’autobus, sur des tables de café, sur un banc au musée. Il paraît que l’idée est devenue une habitude dans certaines villes européennes : Londres, Paris, Lyon… Le but : « Faire perdre au livre sa valeur matérielle pour qu’il retrouve sa valeur intellectuelle ». Noble. De petites nouvelles comme celle-là me font plaisir en ces temps d’occupation double.


***

   Propagande progarderie ce matin dans le journal : « Les enfants qui ne fréquentent pas du tout la garderie avant l’entrée à l’école ont souvent des retards en matière de stimulation lorsqu’ils entrent à l’école. » Des retards en matière de stimulation du système immunitaire, certes, quand on sait (tout parent le sait trop bien) que l’entrée en garderie donne en prime un abonnement au CLSC et aux antibiotiques. Évidemment, ce n’est pas ce que cette phrase veut dire. Elle sous-entend plutôt que l’enfant qui ne va pas à la garderie est une sorte de retardé qui aura du pain sur la planche pour rattraper l’évolution extraordinaire du petit Jérôme-Alexandre qui a sa place quotidienne aux Jardins de Pierrot depuis l’âge de quatre mois. C'est qu'il est évolué ce petit! Et sa mère d’ajouter fièrement qu’à dix-huit mois, il trouvait les fins de semaine longues, car il s’ennuyait de ses amis de la garderie... Conclusion : placez vos enfants en garderie le plus jeune possible, ils vous le rendront bien. Aussi, ne sortez pas les vieux de leur foyer de retraite : ils s’ennuieraient de leurs vieux amis.

***

   Les chiffres officiels sont sortis hier du Bureau du recensement : il y avait 49,1 millions de pauvres aux États-Unis en 2010. C’est 16 % de la population états-unienne et près d'une fois et demie la population canadienne en entier. Tout de même étrange que cette nouvelle ne fasse pas plus de vagues. Encore plus étrange que cette économie soit admirée par tant de minuscules Québécois qui se voient, sous des cieux où plane le grand aigle, en Forrest Gump.

***

   Question à poser à tout défenseur des interventions militaires canadiennes en pays étrangers, théoriciens de l'interventionnisme et militaristes de salon confondus : « Y enverrais-tu ton fils ? »

jeudi 23 juin 2011

Le parti-fantôme

Selon les derniers sondages, François Legault ferait élire son parti politique, s’il en avait un. Cela confirme que les Québécois aiment la saveur du jour. Ils sont 40 % à dire vouloir voter pour un parti crottes de fromage qui n’existe même pas, et 47 % si ce parti utopique était fusionné avec le parti moribond de l’ADQ... Bonne Saint-Jean-Baptiste !
  

dimanche 12 juin 2011

L'amphithéâtre d'homo festivus

C’est Philippe Muray qui doit ricaner dans son cercueil. L’essayiste savait bien qu’homo festivus n’était pas que Français et que cette frénésie pour le festif était non seulement applicable à toutes les sociétés industrialisées, mais qu’elle allait prendre encore de la force avec le temps.

On l’a bien vu à Québec ces dernières semaines : homo festivus s’est déchaîné et quiconque s’écartait un peu de son consensus à la guimauve était bon pour l’opprobre. Enchaînant les qualificatifs, arriéré, démodé, dépassé, désuet, fossile, inactuel, homo festivus tentait ainsi une critique de ceux qui ne pensent pas toujours en terme de spectacles et d’amusements. Portant comme un étendard son mirage de vie festive et heureuse, que dis-je, de vie festive donc heureuse, il ne comprenait pas que l’on puisse questionner un projet tel que celui de l’amphithéâtre Labeaume-Péladeau.  C’est qu’en réalité, homo festivus ne s’explique pas que quelqu’un puisse ne pas toujours désirer s’amuser. Et dans son désir d’homogénéité sans borne, chaque opinion contraire à la sienne l’enrage comme un enfant qui tape du pied.

La polémique entourant ce carnaval de passion ludique a été à même de montrer encore une fois après l’orgie récréative du 400e et le spectacle de Céline que le québécois contemporain moyen n’est pas différent de l’humain contemporain moyen : tous veulent s’amuser à tout prix. Il est vrai qu’il est bien difficile de se questionner sur le sens de l’existence une main de mousse géante brandie à bout de bras…

vendredi 6 mai 2011

Toi y en a vouloir des sous, toi y en a faire plus de menhirs (réponse au texte "Non au mécénat public" de Nathalie Elgrably-Levy

Madame,

J'ai eu l'occasion de lire votre texte paru dans le Journal de Montréal du 5 mai 2011 et, je dois l'avouer, il m'a fait sourire. Loin de moi l'idée de vous juger personnellement sur ces quelques lignes, mais force est d'admettre que cela donne un aperçu de qui vous êtes et, surtout, de qui vous appuiera dans vos propos. On connait la chanson et il n'y a pas là de quoi fouetter un artiste. D'idée reçue en lieu commun, vous déclinez vos convictions qui n'offrent rien de bien nouveau, si ce n'est qu'un gouvernement majoritaire qui a les mêmes est désormais en place. En outre, vous cumulez en quelques lignes faussetés et stéréotypes.

Tout d'abord, sachez que le gouvernement ne peut être « mécène », car le « mécénat », par définition, fait référence à des particuliers ou des entreprises qui supportent financièrement des créateurs. Quand on parle d'une aide gouvernementale, il faut utiliser le terme « subventionnaire », qui n'a rien à voir avec Caius Cilnius Mæcenas, protecteur romain des arts et des lettres. Si cela est pour vous un grand flou qui revient au même, sachez qu’il s’agit là en réalité d’une différence fondamentale que je devais relever.

Vous affirmez d’entrée de jeu que « certains crient au scandale, d'autres traitent d'inculte quiconque ne partage pas leur indignation. Ils font appel à l'émotion, mais qu'en est-il de la raison ? ». Je m’oppose tout de suite. Appeler un chat un chat n’est pas faire appel à l’émotion. Un inculte est un inculte, quoi que vous en pensiez, et quand bien même il serait de votre avis.

Vous continuez en affirmant que la culture est une production comme les autres, comparant même un écrivain et un mécanicien. Vous vous parodiez ainsi en Caius Saugrenus, ce grotesque parvenu qui nous a fait bien rire dans Obélix et compagnie : « Toi y en a vouloir des sous, toi y en à faire plus de menhirs ». Mais voilà, un livre (ou toute création artistique) n’est en général pas un menhir ni un changement d’huile. Sauf mon respect pour les mécaniciens (et je salue mon ami Steve au passage), aucun changement de cardan ne sera jamais la Comédie humaine, ni une réparation de différentiel Ainsi parlait Zarathoustra. Je ne donne pas ces exemples au hasard, Balzac et Nietzsche ayant connu, comme bien d’autres, la vie créatrice de misère. Aujourd’hui pourtant, ces œuvres sont admirées par le nombre, et le fait que vous ne les connaissiez pas ne change rien à l’affaire.

Vous conviendrez avec moi qu’il est assez facile de juger des talents d’un mécanicien. J’en ai connu de mauvais (ma voiture fonctionnait mal) et d’excellents (ma voiture fonctionnait bien). Avec votre principe de l’offre et de la demande, les premiers finissent à juste titre par faire autre chose. Mais il est plus délicat de juger de la qualité d’une œuvre d’art. Les yeux et les oreilles les plus habituées se trompent souvent au premier abord, et l’histoire de l’art en est un témoignage continuel. Subventionner les artistes, c’est assumer que l’art n’est souvent évaluable que dans la durée et que d’un présumé sans talent qui selon vous devrait faire autre chose, le temps fera un Van Gogh. Par ailleurs, a-t-on déjà vu un mécanicien prêt à crever de faim pour continuer à réparer des voitures ?

Ainsi, vous glissez trop rapidement sur la première raison qui fait, selon vous, qu’un artiste vit dans la misère : « La première est que son talent n'est peut-être pas en demande. » Mais, madame, à la lumière de ce que je viens d’écrire, cela est de la plus haute importance ! Les artistes ne peuvent pas tous faire ce qui est en demande, ce serait trop triste. De plus, les artistes finissent parfois par être en demande après plusieurs années de travail dans l’ombre et la misère (on pense à Robert Lepage, dont les débuts ont été selon ses dires très difficiles, malgré les subventions). Quant aux artistes inconnus et miséreux, qui sait ce que deviendront leurs œuvres un jour (quand nous serons morts, et c’est encore une fois le pari du temps) ? Est-ce à dire que le gouvernement doit donner de l’argent à tous les artistes inconditionnellement ? Bien sûr que non, mais ce n’est pas ce qui se fait. À ma connaissance, toute subvention reçue par un artiste est le fruit d’un travail sérieux qui implique la présentation d’un dossier complet jugé par des comités formés de gens dont la crédibilité est bien établie. Une simple visite sur le site du Conseil des Arts du Canada vous confirmera ce fait. Cela ne veut pas dire qu’aucun dollar n’est perdu dans le processus, mais le risque a donné de si belles œuvres au fil des ans qu’il faudrait être bien conservateur pour ne pas l’assumer.

Enfin, vous terminez en proposant d’abolir les taxes sur les produits culturels, et là, je suis d’accord avec vous. Mais je ne peux m’empêcher de voir une énorme contradiction dans votre discours : si une création artistique vaut un changement d’huile, si « les artistes ne devraient pas être une classe à part », je ne vois pas pourquoi ce qu’ils produisent devrait être exempté de taxes. Un gâteau Vachon ? TPS et TVQ ! Ficelle de Riopelle ? TPS et TVQ ! Une rotation de pneus ? TPS et TVQ ! Le Passage obligé de Michel Tremblay ? TPS et TVQ !

Vous voyez le non-sens… Et votre contradiction montre malgré vous qu’un poème, une toile ou une symphonie ne sont pas des produits comme les autres, ni les artistes des vendeurs de bébelles qui doivent se soumettre à l’économie de marché des petits maîtres.

dimanche 5 décembre 2010

L'opinion des artistes

Le vidéo des artistes qui demandent au gouvernement de prendre son temps en ce qui concerne le gaz de schiste a fait beaucoup jaser un peu partout. À la radio, un petit empereur libertarien de Québec (évidemment!) a suinté comme il sait si bien le faire. Après avoir posté le vidéo en question sur son blogue, le caricaturiste Ygreck a vu apparaître une belle diarrhée de commentaires (il faut dire que son blogue est fréquenté par une faune béotienne assez exceptionnelle…). Le refrain est assez connu: « L’argent… bla-bla-bla… », « le Québec de marde… bla-bla-bla… », « aux States… bla-bla-bla… », « les artisses, ces B.S. de luxe, bla-bla-bla… ».

Là, je me sens visé. Et quand je me sens visé, je dégaine.

Du bas de leur tribune radiophonique, ces salariés à 200 000 $ par année, anciens fils à papa, économistes de caisse populaire, libertariens de rien, dispensent à qui mieux mieux leur démagogie d’inculte et leur réflexion de secondaire trois faible. Ils accusent les artistes de se prononcer sur une cause qu’ils ne connaissent pas, quand ils passent leurs longues matinées à donner leur avis sur tous les sujets imaginables, qu’ils ne connaissent pas… À l’autre bout, cachés derrière l’anonymat du web, ces commentateurs-perroquets qui écrivent ce qu’ils ont entendu lors de leur imbibition matinale de flux radiophonique. On leur a donné une demi-éducation, pas surprenant qu’ils aient des demi-opinions. Je l’ai déjà écrit ailleurs, mais quand on rêve d’être Forest Gump, il faut s’assurer d’en avoir pas que le Q.I.

On doit leur dire, à tous ces petits enragés, que la plupart des artistes ne vivent pas comme des rois, n’ont pas de subvention et poursuivent leur art la plupart du temps envers et contre tous. Lâchez vos Summum deux minutes! Les artistes dans la Tévé ne sont qu’une infime minorité de tous ceux qui créent. Je connais de nombreux artistes et aucun d’eux ne fait la grosse vie subventionnée que vous vous imaginez. Sortez de vos bungalows pour aller voir autre chose que la finale de la Coupe Vanier ou le Red Bull Crashed Ice et essayez donc d’aller du côté des bars de chansonniers, des lectures de poésie, des lancements, des vernissages… Je sais bien que toutes ces niaiseries ne vous intéressent pas, mais vous auriez la chance de constater qu’il n’y a pas de millionnaires là, mais des passionnés de l’art, des gens qui sont prêts à tout pour faire ce qu’ils aiment. Vous comprenez ce que ça veut dire, faire ce que l’on aime sans vouloir devenir le patron, sans avoir besoin de sa petite semaine à Puerto Vallarta pour décompresser ? Ha, c’est vrai que pour vous, les seuls artistes dignes de ce nom sont ceux qui vendent, n’est-ce pas? Donc ceux que l’on voit partout, ceux que tout le monde aime, ceux qui sont subventionnés…

Si ce n’était de votre colère mal dissimulée, vous seriez presque comiques avec vos idées en poudre, votre connaissance de tout sur à peu près rien, vos rêves de banlieusards, vos peurs cupides, votre éternel aller-retour entre votre salaire haute imposition et votre télévision haute définition, entre vos pauses-café et vos voyages organisés, entre vos relations de couple tiédies et vos masseuses bon marché. Heureusement, vous nourrissez mon imaginaire, bien que je n’écrive pas mes livres pour vous, qui ne lisez pas. Et si j’ose entrer dans une zone qui vous est interdite, je vous affirme que j’écrirais même si je n’étais lu de personne. C’est que, comme le disaient les frères Goncourt, « en art, il y a mille façons d’encourager les fausses vocations, mais aucune de décourager les vraies ».

À la lumière de ceci, j’espère que vous comprendrez que les artistes n’ont pas besoin de votre accord pour être passionnés, pour continuer leur combat, pour créer, pour donner leur opinion. L’art, quel qu’il soit, est toujours une opinion. Vous riez? Nous aussi, mais jamais en même temps que vous.

mercredi 23 juin 2010

Jeu de cons

Samedi soir dernier, des petits cons se sont amusés aux dépens du chum à mon ex en jouant à "Le Canadien vient d'être éliminé démolissons tout".... Ils s'en sont pris à son Westfalia. Les forts du cerveau ont gagné leur bataille en renversant le véhicule. Ce soir là, j'imagine qu'ils ont certainement hésité entre continuer leurs études en neurochirurgie et aller se "paqueter" la gueule. Comme quoi l'évolution ne fonctionne pas de la même manière pour tous. Après plusieurs siècles d'évolution, certains homo sapiens sont toujours assez près des singes. Encore, c'est peut-être insultant pour les singes d'écrire cela.
Posted by Picasa

jeudi 10 juin 2010

La belle et les bêtes

Quand j’ai lu la nouvelle sur ce petit poupon qui a été attaqué et tué par des chiens husky, ma première réaction a été de penser à mon fils Théo, à son petit visage naïf, à sa peau tendre, à son sourire… J’ai eu un frisson d’horreur et chacun comprendra bien de quoi je parle. Ma seconde réaction a été celle d’une sale vipère : j’ai jugé, j’ai accusé, j’ai condamné. Quelques lignes dans le journal m’ont permis de conclure qu’il s’agissait là de démunis aux prises avec une vie plus grande qu’eux, que lesdits démunis ne savent pas prendre soin d’un enfant, que la société doit agir, qu’il devait y avoir des conséquences. Magistralement, sans appel, comme la reine folle dans Alice au pays des merveilles, j’ai conclu : « Qu’on leur coupe la tête ! ».
Heureusement, si la vie m’a appris quelque chose, c’est bien de ne pas rester sur mon premier jugement. En outre, depuis le jour où j’ai lu dans le journal qu’ « un jeune homme sur sa pause de dîner, en ballade sur les plaines, avait été tué par la foudre », alors qu’il s’agissait en réalité de mon ami Benoît, atteint de schizophrénie depuis plusieurs années, qui errait avec son sac de vidanges sur le dos, je me méfie des journaleux plus que tout. C’est aussi que j’aime réfléchir et déteste les opinions. Une opinion, c’est comme une croyance : on en apprend beaucoup sur la personne qui l’a, mais bien peu sur la réalité. Je connais plein de gens qui ont des opinions sur tout, des croyances sur n’importe quoi, mais qui n’ont jamais réfléchi autrement que dans un miroir. C’est pourquoi je m’empresse toujours de transfigurer mes opinions en réflexions et, si cela est possible, en connaissances.
En réfléchissant à cette histoire, j’ai été pris d’une profonde empathie pour cette jeune femme de 17 ans, qui voulait cette grossesse (elle s’est sentie obligée de le préciser aux vautours de la presse qui la questionnaient), qui aime les chiens et que la fatalité vient de détruire, et avec elle l’enfant et l’amour des chiens. Une fille devenue mère bien vite qui a assumé sa maternité (où sont donc les pro-vie ?). Jeune conscience qui allait fumer dehors pour ne pas faire respirer de fumée secondaire à son nouveau-né. Je me suis aussi demandé comment aurait-elle pu prévoir que ses chiens allaient attaquer son enfant ? « On ne laisse pas un enfant si jeune avec des chiens. » Peut-être, mais si les chiens ont toujours été de gentils toutous, on ne se méfie guère. J’ai été élevé avec des chiens, deux gros Rhodesian Ridgeback entre lesquels je m’assoupissais étant enfant. Des photos en témoignent. Un jour, j’ai même été égratigné dans le front par l’un d’eux. C’était un accident et, s’il a fallu des points de suture pour traiter la plaie, personne n’a accusé mes parents d’inconscience. Or, j’apprends ce matin que la jeune femme va être accusée d’homicide involontaire. La pauvre est déjà anéantie par la mort de son enfant et on va la juger en plus pour un acte commis par son chien. Pour homicide involontaire ! Rien de moins.
Ça me répugne de voir encore une fois la loi du n’importe quoi triompher. Ça me dégoûte de penser qu’on va accuser cette jeune fille d’homicide involontaire, quand des parfaits salauds reçoivent des médailles tout le temps, quand tous les jours des imbéciles font la une, quand des meurtriers par procuration cachés derrière leurs cravates jouent à la politique et aux banquiers avec le sang des autres. Et c’est sans parler de tous ces petits bandits qui se prennent pour Al Capone et qui naviguent continuellement de menaces de mort en voies de fait et de dérisoires avertissements en minuscules condamnations.
La jeune fille, arrêtée par la police, emprisonnée sans autre forme de procès, libérée sous caution, sera jugée en bonne et due forme.
Pour homicide involontaire.
Justice.
J’imagine avec une profonde tristesse le regard perdu qu’a eu et aura cette enfant devant tous ces petits maîtres… sur le point d’aller se reposer au chalet, après verdict. Coupable ? Non coupable ? Cela n’a que peu d’importance si le Sea Doo fonctionne et que la batterie du iPad tient bon.
Mais je m'égare, la machine juridique n’est pas coupable. Elle n’est qu’indifférente et froide comme une machine, justement. Les seuls et uniques coupables dans cette tragédie sont les chiens. Et encore. Un chien est un chien et cette horreur n’était peut-être pour eux qu’un jeu de chien. Ne prenons pas de chance, euthanasions sans attendre les deux bêtes et trouvons un support moral et psychologique pour cette jeune famille blessée pour la vie.

samedi 6 février 2010

En vrac

Bon, bon, je sais, je n'écris pas souvent... Il faut croire que la vie m'a bouffé comme elle bouffe tout le monde (comme le disait le poète). Mais quoi de neuf ?

* On n'entend plus parler de la grippe qui devait tuer des millions de personnes. On a été chanceux, il faut croire. Malgré tout, j'aimerais vraiment entendre ce qu'auraient à dire ceux qui ont fait tous les bulletins de nouvelles pendant un mois ET ceux qui s'en sont mis plein les poches (c'est assez simple, ce sont souvent les mêmes). Et du coup, pourquoi ne pas inviter sur la même émission ceux qui rigolent tout le temps quand on parle de « complot ».  

Que cela nous serve de leçon... J'aimerais tant que les moutons se soient domptés et que la prochaine fois qu'on les prendra pour des imbéciles, des couillons ou des cruches, ils ne se laissent pas prendre... Mais pour ça, il faudrait qu'ils réfléchissent, ce qui demeure une utopie parmi tant d'autres.

* Le drame d'Haïti a réveillé la compassion de tout le monde. C'est tant mieux, mais est-ce que quelqu'un pourrait dire à toutes ces nouvelles mères Thérèsa et nouveaux frères André qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que « Tout le monde en parle » pour aider son prochain et tenter de soulager un peu la souffrance humaine ?

* Dans un tout autre ordre d'idées, j'ai satisfait mon appétit techno en m'achetant un iPhone (sur lequel j'écris présentement ce message). Et je n'ai qu'une chose à dire : la dépendance est inévitable ! Quelle belle petite machine à perdre son temps ! Bon, c'est certain qu'il y a quelques outils pratiques. Je pense à la possibilité de prendre ses courriels, de naviguer sur internet, d'écouter la radio, des mp3, des clips, des films. On peut même téléphoner ;-) Mais, le grand gouffre de temps se sont les milliers de jeux disponibles gratuitement... Je me sens comme à 9 ou 10 ans quand j'ai eu mon Atari 2600. Et pour ceux qui craindraient que toutes ces pixels inutiles n'abîment mon cerveau, qu'ils ne s'en fassent pas : je lis beaucoup... Sur mon iPhone, avec l'application Stanza gratuite, des centaines de livres tout aussi gratuits! J'ai même ajouté mon premier roman à la bibliothèque de Feedbooks, liée à Stanza. Comme quoi on peut avoir étudié pendant 10 ans les vieux livres poussiéreux et aimer à la fois les écrans de 3 pouces...

samedi 28 novembre 2009

Multidoses


X me demande si j'ai enfin été vacciné. Je lui réponds que je n'ai pas pris de chance et que j'ai fait la file quatre fois pour recevoir quatre doses plutôt qu'une.

X a non seulement l'air de me croire, mais il semble très satisfait de ma réponse.

jeudi 26 novembre 2009

Il faut impérativement un vaccin contre le suivisme et la stupidité


Ils faisaient déjà la queue pour aller voter, mener leurs enfants à la garderie à six mois, assister au Red Bull Crashed Ice, mais là, pour aller se faire vacciner comme des cobayes, vraiment, ça me coupe le sifflet. C'est Montherlant qui avait raison : « Faire accepter n'importe quelle insanité sociale, entre autres la guerre, est l'affaire d'une campagne de presse de six semaines. Notre condition, notre vie, les vies de ceux qui nous sont chers, sont à la merci des directeurs de journaux, et des journalistes. » (Henry de Montherlant, « La possession de soi-même », conférence du 8 mars 1935.)

Cette pandémie de moutonnerie quasi globale, de lobbyisme mercantile et d'opportunisme infect me laisse croire que s'ils se mettaient à affirmer partout que deux trous du cul valent mieux qu'un, les ventes de perceuses augmenteraient en flèche.

mardi 29 septembre 2009

Qui a peur de Richard Martineau ?



Décidément, Monsieur Martineau, vous avez perdu votre subtilité de franc-tireur (celle que vous affichiez dans vos débuts au journal Voir), pour sombrer dans le cliché et la facilité. Est-ce parce que vos lecteurs ont changés...?

Vous dites : "... à des fonctionnaires et à des bureaucrates qui se pognent le beigne à quatre mains en actualisant leur statut Facebook". Cette litanie facile, qui ressemble à celle sur les "BS", on la connaît bien : un certain parti politique (Repose en paix !) et des "hainimateurs" de radio la servent à qui mieux mieux depuis un bon bout de temps. Ceci dit, je connais personnellement des fonctionnaires qui travaillent dur et sous pression. En fait, pour être plus précis, tous ceux que je connais. Pas vous ?

Vous écrivez aussi : "Selon Falardeau, tous les problèmes qui accablaient le Québec étaient causés par les maudits anglais d’Ottawa". À peu près tout le monde est d'accord pour dire que Falardeau dérapait parfois sérieusement. Je pense qu'une dérape de temps en temps est le risque que courent les francs-tireurs qui le demeurent toute leur vie (sans se recycler). À tout prendre, je préfère de loin un ours qui grogne trop fort qu'un mouton qui se laisse tondre (quand on lui promait de l'argent pour sa laine). Mais est-ce bien cela que Falardeau disait ? Je pense qu'il parlait plus de liberté et d'oppression, de souveraineté et de soumission. En outre, il dénonçait souvent les faiblesse des Québécois et parfois aussi ses propres faiblesses. Relisez (ou lisez sans doute) La liberté n'est pas une marque de Yogourt ou Les boeufs sont lents mais la terre est patiente. Vous verrez que Pierre Falardeau n'accusait pas les Anglais de tous les problèmes québécois.

Je pense qu'un peu de lecture ne changera pas votre discours dans votre éditorial (les contraintes étant ce qu'elles sont), mais cela amorcera une réflexion, qui n'est pas la même chose qu'une opinion. À défaut de textes élaborés et puissants, peut-être aurez-vous un peu plus de recul dans vos chroniques.


dimanche 27 septembre 2009

La solution permanente de Nelly Arcand


La mort de l’écrivaine Nelly Arcand m’a troublé. Quand la souffrance et le mal de vivre atteignent leur apogée dans le suicide, je ne peux faire autrement que me dire à moi-même : Requiescat in pace, enfin. Enfin pour elle, bien entendu, car l’âme qui remue les soubresauts noirs des jours (et des nuits) finit par être tordue et consumée. Une camisole de flamme, pour reprendre l’expression de Matzneff, n’est jamais facile à porter, quand bien même celle-ci vous aurait mené au sommet de la gloire littéraire.

Il faut l’avouer, elle avait toute une plume, Nelly Arcand. Si ce n’est pas vrai que le tourment fait systématiquement le grand créateur, il semble y avoir empiriquement un possible de création qu’ouvre l’angoisse existentielle, comme en fait foi le nombre d’artistes tourmentés qui sont passés à la postérité. C’est particulièrement vrai en littérature, où le poids de vivre ressenti par certains écrivains finit par les pousser à ce geste extrême et final. Je pense au poète italien Cesare Pavese, à l’écrivain autrichien Stefan Sweig, à Hubert Aquin ici au Québec, à Guy Debord, à Drieu Larochelle, à Romain Gary, à Montherlant, à Sylvia Plath… Chacun ayant choisi de mettre fin à leur vie parce que vivre était devenu insupportable. Je pense aussi au titre d'un recueil de Pavese : Le métier de vivre, car il va sans dire que vivre est pour certains aussi difficile que d’exercer un travail où il faut chaque jour recommencer, sans être capable de trouver la motivation nécessaire pour l’accomplir. Sous la plume de Nelly Arcand, la fatigue de vivre se montrait, s’exposait, explosait :

« […] je me tuerai devant vous au bout d’une corde, je ferai de ma mort une affiche qui se multipliera sur les murs, je mourrai comme on meurt au théâtre, dans le fracas des tollés. » (Putain, p. 87).

Et la dernière phrase du roman, chute mordante :

« […] ces choses-là ne se produisent jamais lorsqu’on est moi, lorsqu’on interpelle la vie du côté de la mort. » (Putain, p. 187).

J’ai lu Putain il y a des années, quand le livre venait de paraître. J’en avais entendu parler (évidemment !), mais je me méfiais de cette nouvelle auteure qui avait un style incomparable, disait-on. J’ai été confondu : non seulement j’ai adoré le livre et le style, mais l’un et l’autre m’ont fait passer une nuit blanche durant laquelle j’ai dévoré le récit perturbant d’un couvert à l’autre. Je me souviens du moment précis, du divan où je m’étais étendu et, bien sûr, de l’effet que l’œuvre de Nelly Arcand avait eu sur moi. J’aime me retrouver parmi les miens : ceux qui osent dire ce que la plupart aimeraient laisser caché, ce que presque tous préfèrent taire, surtout à eux-mêmes. Il y a un risque à être lucide et vrai, et le geste posé par Nelly Arcand le prouve encore une fois. On dira tout et n’importe quoi dans les médias, surtout n’importe quoi. Chacun ira avec sa petite analyse psycho-pop et trouvera LA raison. J’ai écrit quelque part que le suicide est une solution permanente à un problème temporaire et que l’écriture est une solution temporaire à un problème permanent. Je le pense encore, plus que jamais, et il va sans dire que lorsque cette solution temporaire n’est plus efficace, la solution permanente remonte à la surface.

Triste, ce suicide ? Oui, si l’on est de ceux qui l’aimaient. Tragique ? Oui, si l’on est de ceux qui la comprennent. Aurait-on pu l’aider ? Sûrement. Aurait-elle pu s’aider ? Non, sinon elle n’en serait pas arrivée là. Et d’ailleurs, s’aider à quoi ? À supporter ? À endurer encore un peu ? À mieux apprendre le métier de vivre…? Ce qui est certain, c’est qu’il y aura toujours des simplificateurs pour affirmer qu’après la pluie vient le beau temps. Un chroniqueur est allé jusqu’à dire que certaines personnes se promènent avec un petit nuage au-dessus de leur tête, comme dans les dessins animés de notre enfance. Et si c’était l’inverse, monsieur l’ancien franc-tireur recyclé par l’Empire médiatique populaire, si le temps en général était gris, brumeux, sombre, et que la majorité était capable de se fabriquer son petit soleil perso, en se mentant à elle-même, en s’inventant des histoires, en se projetant vers des rêves qui glissent toujours vers d’autres qui glissent toujours vers d’autres… Et quand on sait ce que peut coûter à un individu ce petit soleil perso, on se demande si ce n’est pas cher payer son petit confort intérieur. Quoi qu’il en soit, et je ne cesserai de le répéter, il faut du courage pour vivre. Et il faut être fort, très fort, pour vivre lucidement. Fort et endurant. Nelly Arcand n’a pas manqué de force, elle a manqué d’endurance.