dimanche 16 novembre 2014

Première neige

Première neige: deux effets possibles.

Nostalgie lumineuse des joies d'enfant, cœur palpitant, joues froides, temps qui s'arrête.

Amertume d'arthrite, de vent glacial, de gercures saignantes et de maux de dos.

On ne choisit pas.
Je reviens ici après des mois d'absence. Sans savoir pourquoi. Étonnamment, quelques visiteurs quotidiens subsistent, malgré mon mutisme. Des égarés sur le web? Des fidèles lecteurs? Des ennemis patients? Je ne sais. 

Si je n'ai pas écrit ici, j'ai tout de même continuer d'écrire ailleurs. En premier lieu dans ma tête, où il se passe toujours des choses fascinantes. Comme l'écrit Sollers, un écrivain écrit même quand il ne fait rien. Excuse d'artiste, menteuse et rassurante.

samedi 12 avril 2014

Le souverain phénix

Le soir même des élections, quand la tendance est apparue, ils ont annoncé la mort du mouvement souverainiste. La voix tremblante et fébrile, d’un élan consensuel coutumier, les fédéralistes de père en fils, les nouveaux anti-sécessionnistes iPhone en main, les gérants de caisse populaire à calculette, les animateurs de radio redondants et les journalistes à gage s’en sont donné à cœur joie. Et ils ont continué depuis. Si bien qu’on comprend que ce sera leur nouveau leitmotiv : on a remplacé la peur par l’oracle morbide. C’est rassurant, on reste dans l’intimidation cléricale classique.

Ce qui étonne dans cette condamnation funèbre, c’est que, récemment, un sondage CROP mentionnait que 34 % des Québécois avaient répondu « oui » à la question : « Si un référendum avait lieu aujourd'hui vous demandant si vous voulez que le Québec devienne un pays souverain, voteriez-vous Oui ou voteriez-vous Non ? ». 34 % n’est pas une majorité, soit, mais la population québécoise étant estimée à un peu plus de 8 millions, c’est tout de même plus de 2 millions de personnes qui sont disparues le soir du 7 avril. Étrange non ?

On sait maintenant tristement qu’on peut égarer un Boeing de 600 000 livres comme on perd son dentier sur sa table de nuit et là, on nous apprend que 2 millions de souverainistes peuvent disparaître en un soir. Même David Copperfield et Harry Houdini réunis n’auraient pu faire mieux.

Et pourtant, je doute.

Parce que depuis 1991 le Québec a toujours fait élire des partis d’opposition au fédéral, que ce soit le Bloc québécois ou le NPD, deux partis dont les programmes s’opposent à ceux des Conservateurs ou des Libéraux, qui sont populaires dans le ROC.

Parce que, justement, les Québécois sont différents des Canadiens.

Parce que notre langue, notre mentalité, nos valeurs, nos allégeances, nos croyances sont différentes de celles du ROC, quand ce n’est pas diamétralement opposées.

Parce que nos ancêtres ont été conquis et qu'un peuple conquis, même soumis, garde toujours un flot de liberté et d'autonomie dans son sang.

Parce qu’on a annoncé la mort du projet souverainiste après le référendum de 1980, après celui de 1995, après la défaite péquiste de 2007, après la raclée reçue par le Bloc québécois en 2011.

Enfin, je doute parce que le désir de se tenir debout, l'envie d'être maître chez soi et la fierté de sa différence sont tributaires d’une force qui a des racines profondes et indéracinables, aussi vieilles et solides que le fait français en Amérique du Nord.

Un jour, la peur ne sera plus un argument valable. Ce jour-là, la fierté, la force et le désir de liberté la feront taire, car la souveraineté québécoise est un phénix, n’en déplaise aux fédéralistes de tout acabit.

mercredi 19 mars 2014

L'Office du drôle

Suite aux scandales médiatiques récents, après avoir considéré l’opinion de quelques journalistes à la tête bien faite et à la demande de mesdames et messieurs en colère qui réclament un peu plus de gros bon sens dans notre société en général et sur les Internets en particulier, l’État vient d’annoncer la création de l’Office du drôle.

Dans un premier temps, l’Office dressera une liste de tout ce qui peut être acceptable en humour et, en contrepartie, de tout ce qui ne l’est pas. La liste non exhaustive des interdits, qu’on trouve sous l’onglet « Pas drôle » de leur nouveau site web se lit d’ores et déjà comme suit :

« Sera désormais considérées comme pas drôles et passibles d’amendes et de poursuites judiciaires les tentatives d’humour suivantes :

  • Parler d’un politicien ou d’une politicienne en le ou la comparant à un sac de vidanges ou tout autre objet à odeur, texture ou apparence douteuse;
  • Utiliser des mots scatologiques tels que « caca », « crotte », « pipi » hors de leur contexte habituel d’intimité (pour la liste complète, téléchargez le document ici);
  • Parler des femmes de manière péjorative de façon à ce que celles-ci se sentent tristes ou malheureuses;
  • Parler des hommes de manière péjorative de façon à ce que ceux-ci se sentent moins virils ou trop poilus;
  • Blaguer sur les chiens sans famille, les chats dégriffés, les poissons dans les bocaux.
  • Parler de choses pas belles, pas jolies, pas énergisantes, cruelles ou morbides;
  • Blaguer sur une faiblesse, un vice, un trouble, un handicap, un tic, un défaut, comprenant sans en être la totalité, toute blague sur les orgelets purulents, les pieds-bots, les pieds secs, les cheveux gras, les dents jaunes, la peau de crapaud, alouette;
  • Blaguer sur sa mère, son père, son fils, sa fille, son cousin, sa cousine, sa tante, son oncle, sa nièce, son neveu, son filleul, etc. (Pour la liste complète des liens parentaux, téléchargez le document ici);
  • Nommer dans une blague quelqu’un qui n’a pas signé le document 801a234B000Z, intitulé Agrément de dérision (que vous trouverez en cliquant ici).

Veuillez noter que cette liste sera régulièrement revue et que tout nouvel élément sera automatiquement légal et applicable selon la Loi sur le Rire dès cette mise à jour. »

Dans un second temps, l’Office du drôle complétera une autre liste, celle du Pas drôle du tout. Toute infraction relative à cette liste évitera un procès coûteux puisque les fautifs seront automatiquement condamnés, sans passer Go, sans réclamer 200 $.

Avec l’ouverture de l’Office du drôle, l'État espère éviter les dérapages humoristiques, les dégringolades comiques, les écarts amusants, les escalades burlesques, les dérives désopilantes, les embardées inénarrables et les déraillements farcesques.

Dans la lignée de cette réforme, on compte ouvrir d’autres Offices sous peu. Pour l’instant, le communiqué ne mentionne que l’Office des mots fictionnables, l’Office des paroles de chansons ouïables, l’Office des formes et symboles peignables et l’Office des sculptures gossables, mais le meilleur, nous dit-on, reste à venir.


La nouvelle a été accueillie avec soulagement par mesdames et messieurs.
J’aurais pour le hijab le même respect poli que je manifeste pour d’autres bizarreries qu’exigent les religions si les hommes devaient aussi le porter. C’est que l’ineptie des dogmes religieux n’est à mes yeux supportable que par un effort humaniste qui disparaît aussitôt qu’on y mêle une mentalité phallocrate.

lundi 17 mars 2014

À la défense de Gab Roy (et de tous les autres qui ont le droit de parler sans se faire lapider)

« Si vous êtes en faveur de votre liberté de parole, cela signifie que vous êtes en faveur de la liberté de parole pour les opinions que précisément vous méprisez. Sinon, vous n'êtes pas en faveur de la liberté d'expression. »
Noam Chomsky, Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the media

J’ai fait une expérience, j’ai demandé à ma voisine, une gentille dame qui promène son chien dix fois par jour: « Savez-vous qui est Gab Roy ? ». Elle a hésité quelques secondes et m’a regardé étrangement, sans doute parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi je lui demandais ça. La réponse est venue, incertaine : « C’est pas le gars, là, le gars qui a violé chose, là, vous savez, la blonde à Rémi Thivierge, le tit gars du Matou. » Je lui ai souri et j’ai changé de sujet : « Comment va votre chien ? ».

Je précise pour ma voisine que Gab Roy est un humoriste issu d’une nouvelle entité médiatique, les vloggeurs, qui animent quotidiennement les Internets. Cet humoriste (bon ou mauvais selon la personne à qui vous le demandez) a écrit un texte extrêmement malhabile et pas drôle du tout mettant en vedette la comédienne Mariloup Wolfe, qui a non seulement l’air et la beauté d’un ange, mais qui de surcroît est en couple avec un enfant chéri du Québec, Guillaume Lemay-Thivierge. Le texte relatait une séance de sexe intense et vulgaire entre l'humoriste et la comédienne. D’après moi (et sans doute Gab Roy serait désormais d’accord), c’était un mauvais texte : mauvais ton, mauvais choix de mots, mauvais humour, mauvaises cibles trop ciblées, justement.

Mais bon, est-ce que ce texte fait de Gab Roy un pervers dangereux ? Non, ce n’est qu’un humoriste qui navigue dans l’humour trash, avec les risques que cela comporte. Est-ce qu’on doit lui retirer son droit de parole à jamais ? Non, ce n’est qu’un citoyen qui écrit sur le web pour faire rire; et ici le but est plus important que le résultat. Est-ce qu’on doit le poursuivre pour 300 000 $ ? Là, c’est plus délicat et je crois que le but est ici encore plus important que le résultat. Quel était le but déjà de ce texte ?

Gab Roy a-t-il écrit sur un site qui affirme la supériorité de l’homme sur la femme ? Ou était-ce un site qui promulgue la soumission sexuelle des femmes envers les hommes ? Un site contre Mariloup Wolfe ? A-t-il pris pour cible une personnalité publique en l’insultant jour après jour comme l’avait fait un certain animateur de radio mort depuis et ressuscité récemment ? Non, en réalité il s’agit d’un site d’humour. Là, j’entends les hyènes enragées qui disent que ce n’est pas de l’humour. Vous savez, la plupart des humoristes ne me font pas souvent rire, Gab Roy compris, mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas drôle. On peut savoir ce qui nous fait rire, mais on ne peut pas décider de ce qui est drôle. Il me semble que l’humour est dans l’oreille de celui qui l’entend. C’est drôle quand ça fait rire quelqu’un, même si c’est le beau-frère un peu redneck sur les bords. D’ailleurs, le texte de Gab Roy l’a sûrement fait rire, votre beau-frère un peu redneck sur les bords. Le but était atteint, car c’est ce qu’il voulait, Gab Roy, faire rire. Pas insulter les femmes, pas humilier publiquement madame Wolfe, mais faire rire, tout simplement. On verra ce que la cour dira, mais je crois que le but est primordial dans ces histoires de diffamation et, ici, de toute évidence, il n’était pas de diffamer.

Cela nous amène à la question des sujets humoristiques. Le texte de Gab Roy ne parle pas d’un viol, quoi qu’en disent ceux qui ne l’ont pas lu. Ce texte parle d’une séance imaginaire de sexe hard entre un humoriste et une comédienne, et je ne pense pas une seconde qu’un seul lecteur ait pu le prendre au pied de la lettre et croire que Gab Roy avait fait avec Mariloup Wolfe ce qu’il racontait dans ce texte. Alors quoi ? C’était vulgaire ? Oui. Dégradant ? Oui. Choquant ? Oui.
Et ? Va-t-on interdire tout ce que madame ou monsieur trouve vulgaire, dégradant, choquant ? Va-t-on refaire un index et y placer tout ce qui ne fait pas l’affaire de madame ou monsieur ? Est-ce que madame et monsieur vont être élus pour prescrire ce qu’on peut lire, écouter, regarder ? Ce serait dramatique, car si madame et monsieur sont souvent modérés et sensés, il arrive parfois qu’ils soient coincés, dogmatiques et idiots.

Ceci dit, je comprends que Mariloup Wolfe et son conjoint Guillaume Lemay-Thivierge aient pu se sentir blessés. Voir son nom dans un texte mauvais et choquant, ce n’est pas rien. Ça me fait penser aux capsules Means Tweets de Jimmy Kimmel Live où des célébrités lisent des tweets que leur ont envoyés des haters enragés. Les insultes sont bêtes et très méchantes, mais les célébrités, en bons joueurs, les lisent à voix haute devant la caméra. C’est peut-être plate à dire, mais c’est extrêmement drôle : parce que les tweets sont méchants, mais surtout parce que les célébrités simulent la tristesse, la colère ou l’incompréhension. Bref, elles jouent le jeu et ça marche. Je ne peux m’empêcher de me demander comment aurait évolué cette histoire si Mariloup Wolfe avait envoyé un clip drôle ou cynique en réponse à Gab Roy, plutôt qu’une mise en demeure.

On ne le saura jamais et, dans l’esprit de plusieurs, Mariloup Wolfe restera une malheureuse victime et Gab Roy un salaud.

C’est pour ça que cette histoire me fascine et me trouble.

Elle me fascine parce que c’est une manifestation spectaculaire du pouvoir des médias (sociaux), un concentré explosif de ce qu’on appelait jusqu’à récemment la propagande, c’est-à-dire un ensemble de procédés qui servent à influencer les gens et à les faire penser ce qu’on veut qu’ils pensent, mais qu’on appelle maintenant le pouvoir des réseaux sociaux. Mais il y avait quelqu’un derrière la propagande, une entité spécifique, politique souvent, avec un but. Mais derrière les réseaux sociaux, il n’y a rien, si ce n’est XYoBOB31, Gigi_HOT et Brandbouc19. C’est pourquoi je me méfie des consensus qui s’obtiennent en quelques milliers de tweets et qui font la une de Tout le monde en parle où tout le monde (qui dans les faits n’est pas tout le monde, mais une frange du vedettariat québécois) est d’accord avant, pendant et après l’émission. De la masturbation d’opinion, ça n’a jamais donné d’échanges honnêtes.

Elle me trouble parce qu’elle expose dans sa plus vulgaire forme l’esprit de meute haineux des humains en général, celui (oui, oui, le même !) qui a fait brûler du monde vif au Moyen Âge ou qui a conduit à des massacres d’envergures cautionnés par le peuple. Quand on place ensemble cinq personnes intelligentes, il arrive que le groupe devienne con. Quand c’est mille, il arrive qu’on brûle des livres ou des hommes. Le bon peuple. La masse. Le vulgum pecus. Le commun des mortels. Vous, moi et les autres. Du sang pour apaiser la haine qui est en nous. Du ben bon monde, dans la vie de tous les jours. Mais, croyez-moi, ne laissez pas ce ben bon monde tout seul dans une forêt avec Gab Roy et une corde…

Je devine cinq types de personnes dans ce ben bon monde :

Ceux qui ont lu le texte, qui l’ont trouvé inacceptable et qui veulent la tête de Gab Roy qu’ils détestent.

Ceux qui n’ont pas lu le texte, qui l’ont trouvé inacceptable et qui veulent la tête de Gab Roy qu’ils détestent.

Ceux qui n’ont pas lu le texte, qui ne connaissent pas Gab Roy, et qui veulent la tête de quelqu’un, qu’ils détestent.

Ceux qui n’ont pas lu le texte, qui ne connaissent pas Gab Roy, et qui trouvent déplorable le viol de chose là, la blonde à Rémi Thivierge, le tit gars du Matou, comme ma voisine.

Et enfin, ceux qui se taisent, par peur de représailles ou d’être trouvé coupable par association.

Entre vous et moi, ça ne fait pas un procès public très honnête.

En passant, je ne connais pas Gab Roy personnellement. J’ai entendu parler de lui parce que mes filles, adolescentes et jeunes adultes, le suivent depuis ses débuts. Des fois, il les fait rire. D’autres fois, elles le trouvent carrément con ou vulgaire. Et c’est tout.

J’ai fini par le lire de temps en temps. Je le trouve drôle des fois. Et croyez-le ou non, il est même très articulé et intelligent à ses heures. D’autres fois, je le trouve con ou vulgaire. Et c’est tout.

Le jour même de la parution du texte sur Mariloup Wolfe, je suis allé lire son texte quand j’ai vu les réseaux sociaux s’enflammer. J’ai froncé les sourcils et je me suis dit que ce texte était très con et inutilement vulgaire. Et pas drôle du tout. J’ai cliqué sur le X de mon Google Chrome et c’était fini. Et c’est tout.

En terminant, je précise aux inquisiteurs virtuels que je ne défends pas ce texte en particulier, je défends les textes, tous ceux qui s’écrivent partout et qui nous donnent une vision du monde autre que la nôtre. Je lis ceux de mes ennemis avec délice et mes ennemis devraient faire de même avec les miens. C’est ce que j’aime dans notre société, que nous puissions parler quand ce qu’on a à dire est brillant et logique, mais, aussi, quand bien même ce serait stupide ou faux. C’est parfait ainsi, car on ne sait jamais avec certitude, après tout, si le con ou le menteur ce ne serait pas nous.

jeudi 30 janvier 2014

Le budget excite la droite économique

La droite économique est plus déchaînée que jamais quand vient le budget. On s'habitue péniblement à leurs explosions de gérants de caisse populaire, année après année. Leur discours est toujours le même, vise toujours les mêmes, ceux dont ils ne font pas partie, évidemment. Serrez-vous la ceinture, travaillez plus, arrêtez de vous fier au gouvernement... Autrement dit, ne vivez pas comme nous, donnez-nous en plus pour moins et laissez le gouvernement investir son argent dans nos affaires. C'est le système qu'ils prônent qui ne fonctionne pas et c'est de notre faute...

Comme le disait Henry Ford : "Il est appréciable que le peuple de cette nation ne comprenne rien au système bancaire et monétaire. Car si tel était le cas, je pense que nous serions confrontés à une révolution avant demain matin."

jeudi 12 décembre 2013

Hasard matinal

Cette phrase de Christian Bobin, ce matin, tombée sous mes yeux par hasard, comme une étoile filante : « L'enfance continuée longtemps après l'enfance : c'est ce que vivent les amoureux, les écrivains et les funambules. »

mardi 29 octobre 2013

Non aux passoires à spaghetti pour les employés de l'État

« L'athéisme est une négation de Dieu,
et par cette négation, il pose l'existence de l'homme. »

Karl Marx, Extrait de Manuscrits, 1844

Source de l'image : http://linsolent.skynetblogs.be/tag/religions
Suis-je pour la charte des valeurs québécoises ? On m’a posé la question très souvent depuis quelques semaines. Je dis « oui » à la charte, mais pour aucune des raisons qui ont eu la vedette ces derniers temps. Mon « oui » est un « oui » franc, qui me vient aussi naturellement que mon opinion antiraciste, mais sa justification n’est sans doute pas recevable dans le débat actuel.

C’est simple, je suis toujours du côté de ceux qui se battent contre la soumission, l’aveuglement, la naïveté, la crédulité, l’esclavage forcé ou volontaire, la bêtise…

« Quoi ? C’est bête de croire en Dieu ? » C’est vous qui le dites. Mais entre vous et moi, vous diriez quoi, si je vous disais, demain matin, qu’un de mes amis est mort, est monté aux cieux, puis est revenu me dire un petit bonjour ? Ou si je certifiais, durant un souper, qu’un être suprême a créé l’homme (comme l’a fait Rachid Badouri à TLMEP), et que par conséquent toutes les découvertes sur l’évolution des homininés (à ne pas confondre avec la famille des hominidés qui comprend les gorilles) sont des faussetés ? Et si j’affirmais qu’il est acceptable que des Rabbins circoncisent des nouveau-nés avec leurs dents encore de nos jours parce que c’est le rituel demandé par un grand barbu tout-puissant (c. f. Christopher Hitchens, Dieu n’est pas grand) ? Ou encore si je m’agenouillais 5 fois par jour en direction d’un certain lieu pour prier dans une autre langue que la mienne, peu importe où je suis, même chez vous en visite ? Enfin, si je prétendais que j’aimerais mieux arrêter de pratiquer mon sport préféré ou perdre mon emploi plutôt que de retirer un attirail religieux quelconque imposé par un dieu, ou plutôt devrais-je dire par ses émissaires terrestres ?

Vous ne diriez sans doute rien. Au nom de la liberté de religion, de la liberté de conscience ou de je ne sais quelle autre tolérance crédule, mais nécessaire au bon fonctionnement de l’usine existentielle. Soit, je vous l’accorde, on peut bien croire à ce que l’on veut, et je suis le premier à ne pas vouloir qu’il en soit autrement, pourvu qu’on me laisse le droit de croire que c'est simplet ou stupide, selon le cas. Pourvu aussi que cela ne vienne pas compromettre, comme le stipule la Convention européenne des droits de l’homme, la sécurité publique, la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou la protection des droits et libertés d'autrui. Je crois religieusement moi-même que si je me coupe les ongles d’orteils le jeudi après 17 h, je risque d’avoir un ongle incarné et d’être damné par le Dieu des rognures d’ongles. J’exerce mon droit de liberté de conscience en toute légalité, qu’est-ce que ça peut vous faire ? Mais je ne vais pas aller jusqu’à demander à mon patron de finir une demi-heure plus tôt pour aller me faire une pédicure superstitieuse, même si j'ai la liberté de conscience pour moi. Vous voyez où je veux en venir ?

Bon, mon dogme des rognures d’ongles est sans doute inhabituel, quand on le compare à l’engouement planétaire pour un homme qui marche sur l’eau, rend la vue aux aveugles et transmue l’eau en vin ou pour un marchand né à La Mecque à qui Dieu a directement dicté un code de vie stricte et parfait, mais c’est le mien; et si le proverbe dit que plus on est de fous, plus on rit, ce n’est assurément pas parce qu’on est plus de fous qu’on est plus dans la vérité. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à y croire que c’est vrai. Et entre vous et moi, les dieux ont de ces exigences : bigoudis, barbes, tissus, couteaux, cages, chapeaux étranges, meurtres commandés…

Vous connaissez Eddie Castillo ? C’est ce type qui s’est fait photographier avec une passoire à spaghetti sur la tête pour son permis de conduire. L’histoire est arrivée au Texas au mois d’août 2013. Et on l’a laissé faire. Pourquoi ? Parce que le bon Eddie est un fidèle disciple du pastafarisme, une religion (vous aurez compris que tout cela est fort ironique et voulu ainsi) dont la divinité principale est le Monstre en spaghetti volant. Son prophète principal est Bobby Henderson, un diplômé en physique de l’Université de l’Orégon, qui en avait assez qu’on enseigne le créationnisme dans une université qui compte maints départements qui démentent scientifiquement cette croyance en un dessein divin. Cette religion connaît un essor formidable depuis sa fondation et je pense souvent qu’elle me conviendrait parfaitement. Vous trouvez ça stupide de croire en un spaghetti volant tout-puissant ? Moi, pas plus qu’en toutes ces formules magiques, superstitions fantasmagoriques et autres convictions ésotériques qui font les supposées grandes religions de ce monde, celles auxquelles on adhère étant petit et qu'on conserve comme un tic nerveux, devenu grand. Le Père Noël, je veux bien pour l’esprit des Fêtes des tout-petits, mais j’ai abandonné la légende du Pôle Nord il y a belle lurette, à peu près au moment où j'ai commencé à raisonner. On devrait tous se demander, simplement et honnêtement, un jour devant notre miroir, pourquoi on croit à ces histoires magiques. Parce que ces fariboles libératrices d’angoisse de vivre en sont toutes, des histoires magiques, et je vous mets au défi de me prouver le contraire. Je suis d’accord avec le biologiste britannique Richard Dawkins, qui affirme cette simple logique : « l'obligation de la preuve repose sur celui qui dit, je crois en Dieu, au Monstre en spaghetti volant, aux fées ou en n'importe quelle autre entité. Ce n'est pas à nous de le réfuter. » Vous dites que je ne crois en rien et que je suis donc païen, damné, condamné, bouché, mécréant ? À vous de me le prouver.

Je disais donc : la charte. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à ce qu’un État laïc oblige, par un désir de neutralité issu d’une volonté laïque, un de ses employés à s’habiller et se comporter en laïc. Je trouve normal qu’un employeur laïc, dans le privé ou le public, s'attende à ce que son salarié, sur ses heures de travail, quand il représente la compagnie ou l’État qui l’emploie, s'abstienne de porter des couteaux symboliques, des bigoudis magiques, des voiles divins ou des passoires à spaghetti spirituelles.


Je suis donc pour une charte des valeurs pour les employés de l’État. Dans la rue, en public, en privé, nous continuerons à faire comme nous l’entendons ou comme notre dieu l’entend. Mais si l’État emploie et paye, il pourra exiger qu’on retire temporairement la passoire à spaghetti, pendant qu’on représente l’État, qui représente le peuple, qui a fait en toute conscience le choix de laïciser l’État. Et pour la question du manque de tolérance que ça pourrait représenter aux yeux de certains, je citerai simplement Foglia comme défense : « la mosquée est à droite en sortant ». Ça dit tout sur notre vouloir d’accommodement et, surtout, c’est éclatant de liberté.

vendredi 4 octobre 2013

La vie devant soi

Avoir la vie devant soi, c'est quelque chose. Et je me tourne vers l'arrière et j'en vois un bout quand même. Et je me retourne vers l'avant et je me dis que 45 ans, fois 2, ça fait 90. Ça se fait. Mon père s'en approche. Donc, potentiellement, j'en ai encore autant à venir.

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Le désir charnel s'endoctrine, se stabilise, trouve sa place dans l'agenda. Il faut se caser, trouver sa case, et sur l'échiquier préétabli, il va sans dire. Des cavaliers seuls, on n'en veut pas. Des fous ? Pourvus qu'ils se taisent ou nous les ferons taire ou ils se tairont (terreront !). Des rois ? Une case à la fois s.v.p. Le désir, disais-je, se conditionne, se familiarise à la norme. Pour le jeune adulte, le sens ultime de la vie apparaît soudain comme cette publicité de Convectair où l'on peut voir papa, maman, fiston et fifille (hé oui ! le petit couple d'enfants !) bien au chaud dans leur salon, se souriant tour à tour, explosant de joie dans ce nouvel Éden à thermostat. Parce qu'il veut justement être apte à chauffer sa caverne en attendant la parturition, car il croit sincèrement à cet Éden familial publicitaire, l'homme --- et la femme il va sans dire --- est prêt à tout, même à se perdre. "Pas le choix... Que voulez-vous..." La suite se devine facilement : chasse à l'homme (ou à la femme, c'est selon), comparaison des listes d'épicevie, démarrage de la structure familiale essentielle (maison, chambre d'ami, mini van, bedaine). Bientôt, papa aura ce qu'il mérite et il sera récompensé parce qu'on le dira responsable. Sous peu, maman trouvera la place de son désir parmi quelques scénarios prédéfinis tels que "premiers pas de bébé", "augmentation", "papa aime bébé", "réussite", "maison nette", "album photos"... Ils se sont perdus, mais la maisonnette est coquette. Et ils vivront zheureux jusqu'à la fin.

lundi 29 avril 2013

Top 10 de la radio-poubelle


Top 10 des opinions binaires de la Haine FM de Québec : c'est ce qui arrive quand la libre expression n'est pas supportée par un minimum d'éducation... ;)

La meilleure du lot : ils veulent abolir le droit de vote des bénéficiaires de l'aide sociale... Et peut-être même leur droit de se reproduire... Moi, je dis qu'en est-il de leur droit de voter et de se reproduire à ces "hainimateurs" de radio ? Des QI de 2 chiffres avec des Qi de 2 chiffres, ça fait toujours des QI de 2 chiffres !



jeudi 18 avril 2013

Saez - Les Magnifiques (Paroles)

Lucidité obscure. Comment puis-je écouter cette chanson 25 fois de suite sans me lasser ? C'est viscéral.

"Les navires échoués se ramassent à la pelle,
Et toi tu leur ressembles quand tu dis que tu m'aimes..."

mardi 16 avril 2013

Boston, Bagdad ou Kaboul

On appelle fin du monde le jour où le monde se montre juste ce qu'il est : explosible, submersible, combustible, comme on appelle guerre le jour où l'âme humaine se donne à sa nature. Nous vivons avec le feu qui brûle, l'eau qui noie, le gaz qui étouffe. Nous vivons avec la haine, la bêtise. Ce sont nos risques. 
Jean Giraudoux, Sodome et Gomorrhe

C'est ma cadette qui m'a annoncé le drame. Branchée aussitôt sortie de la polyvalente, elle avait vu la nouvelle sur son iPod, par l'entremise d'un blogue qu'elle visite quotidiennement. Ça venait à peine d'arriver.

Elle m'a demandé plus tard, après le souper : « Tu as vu ce qui est arrivé au marathon de Boston ? » Non, je ne savais pas. Je ne suis pas connecté au soluté virtuel. En quelques secondes, mon écran m'a montré l'horreur. Aussitôt envahi par une triste lassitude, je me suis dit : pour poser un tel geste, cibler des spectateurs, des femmes, des enfants innocents, il faut certainement être un peu fou et totalement aveuglé par une colère terrifiante. Une rage sourde, qui enfle depuis longtemps, qui gronde au point de faire perdre toute empathie, tout respect, toute humanité. 

J'ai aussi pensé à Maximilien de Robespierre. Des innocents meurent depuis toujours pour soulager la haine des petits contre les grands. Des tarés qui se vengent de la misère que leur font des plus tarés en frappant sur des innocents. Dans l'absolu, on dit que personne n'est complètement innocent, mais c'est là de la poutine rhétorique qui ne se mange que dans les livres ou dans des colloques de philosophie. Dans le réel, elle est indigeste, voire poison. Un enfant de huit ans est mort là, en regardant des marathoniens accomplir leur exploit. Cela suffit à tout condamner. Un seul innocent meurt, vous en êtes la cause, vous êtes désormais mon ennemi. Dans mon livre de vie, ça n'existe pas, les dommages collatéraux. Et cela vaut pour tout le monde.

Naïvement, je souhaiterais qu'on tire quelque chose de ce carnage : un peu plus de compassion, un peu moins de haine. Des convictions aussi : qu'il n'y a jamais de guerre juste; qu'un assassin est un assassin, qu'importe la victime; enfin et surtout, qu'un enfant tué par la politique est une immondice inacceptable, quand bien même cela se passe à Boston, Bagdad ou Kaboul.

Mais je sais bien qu'on voudra encore laver le sang avec du sang. C'est dans notre nature, encodé dans nos gènes, fixé dans notre cerveau reptilien.